Est-ce déplacé pour un patient d'offrir un cadeau de Noël à son psy ?

Non, cela n'est pas déplacé bien que l'acte posé reste complexe et qu'il est important d'en comprendre les enjeux qui se jouent. Quid de la question du geste déplacé : déplacé peut-être, mais pour qui ? Là est toute la question.

Lorsqu'un patient rentre en cure avec son thérapeute, son thérapeute rentre en relation transférentielle avec son patient. Le psy va alors en quelque sorte devenir l'image de tous les acteurs majeurs qui ont traversé la vie du patient ( le père, la mère, la sœur, le frère, la femme, le mari...).

Lorsque l'on sait cela, on peut se demander à qui va t-on offrir ce cadeau, à l'humain que l'on aimerait atteindre, ou à son psy ?

Si c'est à l'humain, il est important de relativiser en s'apercevant que l'on ne sait rien de son psy, de ses goûts, de ses choix et de ses désirs... Si c'est au psy qui nous fait du bien alors, c'est donc à la thérapie menée par lui que nous cherchons à faire plaisir car elle nous satisfait. Oui, le travail sur soi est un travail égoïste qui se doit de nous appartenir en entièreté.

Statistiquement on s'aperçoit que peu de patients s'autorisent à offrir un cadeau à leur thérapeute, mais presque tous en ont envie, sans pour autant le faire.

Alors que se joue t il ?

Si un thérapeute venait à refuser un présent cela pourrait mettre à mal la sécurité intérieure du sujet et c'est la raison pour laquelle le patient, souvent, ne se l'autorise pas. La peur de ne pas être aimé, de ne pas avoir le droit de partager avec l'autre à qui l'on dit « Tout », est souvent plus grande que la reconnaissance, le besoin de se rassurer, le plaisir que l'on pourrait obtenir à offrir un cadeau dans l'instant « présent ».
Tout patient sait que le cadre érigé en tout début de rencontre lui sert à se heurter à ses résistances et à les dépasser. Donc même si le psy acceptait le cadeau, partagerait- il ses ressentis ? Il n'en a pas la faculté, au risque d'être là pour le coup, très déplacé. Le patient ne vient pas en son cabinet pour permettre à son psy d'exprimer ses joies, mais pour s'autoriser à aller mieux.

Offrir un cadeau à son psy est donc en quelque sorte une jolie tentative de distorsion du cadre...Au psy à vous la renvoyer à vous-même ! Le psy étant le miroir de soi-même, la « reflection » intériorisée de ses propres désirs, offrir un cadeau à son psy revient donc à s'offrir un cadeau à soi-même. C'est la raison pour laquelle, si vous vous l'autorisez, il serait utile d'en parler avec l'intéressé au « futur » : à la naissance de l'envie, au « présent » : le jour de l'offrande et par la suite « au passé » : quant à vos attentes et vos ressentis...

Le psy pourra alors s'en servir de support de travail et le cadre sera respecté.

Cela dépend-il du cadeau en soi ?

Peu importe le cadeau, c'est la destination qui est intéressante.
Chaque cadeau étant un présent que l'on s'autorise à soi-même dans un premier temps et à l'autre dans un second temps, il serait donc judicieux de s'interroger sur la destination que l'on en attend et que l'on espère obtenir : un sourire, une reconnaissance, une joie partagée, un refus, une limite à ne pas dépasser ou une permission vers une intrusion plus intime de ce psy qui est là pour vous lorsque vous vous l'accordez.

Le psy doit-il l'accepter ou le refuser ?

Aimeriez vous que votre thérapeute refuse votre « présent » ? Cela peut être très vexant, voire angoissant.
Rien n'est automatique dans la psyché et c'est là que cela devient intéressant. La question du devoir est également une question de position et de travail sur soi. L'analyste pourra t il accepter cette offrande comme un support à la cure, ou le prendra t-il pour lui, le vivra t-il également pour lui ?

Si toutefois il s'autorise à l'accepter, qu'en fera t-il au delà du travail ? S'autorisera t-il à son tour à le conserver dans sa vie personnelle ? Et dans ce cas, quel effet cela aura t-il sur lui ? C'est bel et bien toutes ces questions auxquelles le psy est confronté lorsqu'il reçoit un cadeau de son patient. Si le psy refuserait ce cadeau, cela ne pourrait il pas être un aveu, quelque part, d'incapacité à gérer ? Car même si c'est d'une limite dont a besoin le patient pour sa structure, l'acceptation du cadeau en support de travail ne peut, à mon sens, qu'être salutaire.

Si au contraire il l'acceptait pour lui comme un cadeau avec enthousiasme, cela suggèrerait que le sujet se sent probablement redevable envers son psy par exemple parce que le coût des séances ne constitue pas un effort suffisant à son travail. Quant au psy, cela suggèrerait parallèlement qu'il en attendait plus. La destination et la décision lui sont donc propres en fonction de sa pratique, de son niveau de compétences, de son champs et surtout du sujet, de son histoire et du discours qui lui appartient, Chacun compose avec ce qu'il peut donner et prendre, comprendre et permettre.

Qu'est-ce que cela peut impliquer dans leur relation ?

Au sein de la cure, une rupture du cadre ou une entorse à celui-ci si toute fois l'acceptation de l'offrande est mal gérée et au mieux un support de travail et un renvoi magistrale sur les désirs de l'acte en question.
Pour le patient, la satisfaction en s'autorisant, la frustration en ne se permettant pas, la déception dans trop d'attentes ou encore être ravi d'avoir atteint ses objectifs, d'avoir réussi à déstabiliser son psy voire mis en difficulté le cadre, ou encaisser la réaction totalement neutre de son psy ou enfin son enthousiasme. Dans tous les cas, comme vous pouvez le constater cet acte n'est pas anodin.
La rencontre thérapeutique est avant tout une aventure humaine avec tout ces possibles, mais c'est indéniablement une relation de travail où les désirs se croisent dans les actes et dans les mots, sans jamais ne se confondre.
C'est aussi pour cela que tout peut et doit se dire en séance.

Plus personnellement :

Avez-vous déjà reçu un cadeau d'un de vos patients ? 

Non, mais cela a failli m'arriver. Une patiente a abordé son conflit entre le désir et la peur de m'offrir un cadeau en séance. A un moment donné l'idée d'accepter un présent d'un de mes patients m'a interrogé sur la question du « déontologiquement » correct. Comprendre et envisager la possibilité que le cadeau n'est pas à sa seul destination, se décentrer et au delà du plaisir possible de réception, comprendre qu'il est avant tout un acte posé, donc à issue thérapeutique et qu'il s'inscrit dans ce cadre avec un but, est essentiel. Cet acte de désir, le psy peut le recevoir à sa juste valeur dans le cadre d'un travail partagé. Je l'ai compris au fil des années et si aujourd'hui cela se présentait, je l'accepterai sans aucun doute.

Si non, pensez-vous que si la situation se présentait, vous accepteriez ce cadeau ?

Oui, quelque soit le cadeau, car je n'aurais vraiment pas aimé en tant qu'analysante...que mon psy refuse le livre que je lui avais offert.

Merci à vous,
Christelle Moreau

à destination de Psychologie.com
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