sayannes — 10-04-2009 12:32

Bonjour,
Je suis assistante familiale (famille d'accueil) plus simplement, et nous accueillons un garçon de 10 ans depuis 6 mois. Il est passé auparavant dans plusieurs familles, ces dernières ayant"craqué" la plupart du temps.
Il est actuellement en classe de CLIS et ses resultats scolaires sont excellents. Ils ne l'ont pas toujours été, c'est dans la dernière famille que ses capacités se sont révélées grace à la perséverence  de l'assistante familiale.
Nous ne rencontrons pas de difficultés majeures à la maison, du moins qui puisse nous déranger. Cependant nous sentons une grande souffrance chez cet enfant qui n'exprime jamais ses émotions.
Il ne supporte pas le regard d'autrui.Il tourne la tête trés souvent, refuse le dialogue, se sent terriblement agressé lorsque nous le regardons.
A l'école le principal soucis est la violence extrème envers les autres enfants, souvent plus jeunes. Souvent déclanchée par un simple regard qu'il interprète certainement à sa façon, mais laquelle? Il a été  suivi par le CMP, tout d'abord en hopital de jour, à présent il y va toute les semaines en entretien avec un thérapeute, (depuis 6 mois).
Nous sommes aidés par l'équipe du service de placement, tous les mois nous nous rencontrons pour faire une synthèse.
A l'école je reste en lien avec le maitre, le référent scolaire, la psy, rencontre aussi tous les mois pour faire le bilan de l'aide mises en place avec la collaboration de l'enfant.
Que pouvons-nous faire à notre niveau pour l'aider à surmonter ses difficultés, ( pour l'instant nous en sommes tout simplement à l'accepter tel qu'il est tout en essayant cependant de lui apprendre certains comportements (engager un dialogue) qui évitent que les autres ne le dévisagent, en effet comme il tourne la tête lorsqu'il croise un regard, il attise la curiosité des gens qui le dévisagent deux fois plus, ce qui engendre un malaise et parfois une agressivité dangereuse  vu qu'il commence sérieusement à avoir de la force)
Il serait un adulte, nous parlerions  de troubles autistiques et paranoîaques, mais on n'enferme pas un enfant dans un symptôme. Je dérange beaucoup lorsque j'en parle en réunion comme si c'était un sujet tabou.
Voilà, l'avis du psychanalyste m'interesse car je pense que c'est dans cette direction que nous pouvons peut-être trouver une ouverture tout en se demandant si celà est encore possible.
Je ne peux exposer ici son passé car ce serait trop long, de plus je suis ennuyée aussi d'exposer une histoire qui ne m'appartient pas. Je préfèrerais de loin pouvoir avoir un entretien privé avec l'un de vous, est-ce possible?
Cordialement

Christelle Moreau — 10-04-2009 16:43

Bonjour,

a écrit:

Que pouvons-nous faire à notre niveau pour l'aider à surmonter ses difficultés,

a écrit:

pour l'instant nous en sommes tout simplement à l'accepter tel qu'il est tout en essayant cependant de lui apprendre certains comportements (engager un dialogue) qui évitent que les autres ne le dévisagent,

Il serait important pour lui, comme pour vous, que nous "n'outrepassiez" pas vos droits, votre fonction.
Vous vous investissez déjà beaucoup pour cet enfant que vous accompagnez dans la vie de tous les jours et dans les apprentissages de la vie quotidienne ( hygiène, respect de soi et respect d'autrui... ) Vous ne pourrez jamais être TOUT pour lui.
Une psychanalyse avec l'enfant peut effectivement être envisager si et seulement si les thérapeutes qui l'accompagnent l'envisagent également.
En avez vous déjà exprimer le possible ?

a écrit:

Il serait un adulte, nous parlerions  de troubles autistiques et paranoïaques, mais on n'enferme pas un enfant dans un symptôme.

Qui a dit cela ?

a écrit:

Je préfèrerais de loin pouvoir avoir un entretien privé avec l'un de vous, est-ce possible?

Oui, cela l'est, il suffit de prendre rendez-vous avec l'un d'entre nous en nous téléphonant.
Bien cordialement

sayannes — 12-04-2009 10:20

Bonjour,
Merci d'avoir répondu à mon message. Je vais reformuler ma question pour la préciser.
Ma question n'est pas une demande d'aide dans l'analyse de ma fonction d'assistante familiale ni de moi-même.
Elle n'est pas non plus:"cet enfant doit-il être psychanalyser?"
Ma question est la suivante:
Cet enfant souffre au quotidien du regard des autres qu'il vit comme une véritable agression, un état de tension pouvant aller jusqu'à déclencher une extrême violence envers les autres et lui-même aussi. Par cette attitude il communique avec son entourage dans un langage que nous ne pouvons comprendre et qu'il ne comprend pas lui-même. C'est un handicap quotidien pour lui. C'est peut-être un choix pour lui de rester ainsi, mais c'est un devoir pour nous aidants qui l'entourons au quotidien de lui proposer des issus, sans aucune prétention et en toute modestie.
Prendre en charge une démarche éducative est aussi prendre en charge la composante psychique
Votre regard de psychanalyste me semblait une éventualité vers une guidance pour ce petit bonhomme qui est en souffrance, avec toute l'empathie et la compassion que nous pouvons lui apporter tout en ayant correctement analysé auparavant nos éventuelles vélléités de toute puissance(question que nous sommes en devoir de nous poser dans toutes nos interventions)
Pouvez-vous tout simplement parler d'une ou plusieurs interprétation de cette souffrance?
Cependant si vous pensez que "j'outrepasse" mes droits dans la question posée, ce qui vous appartient bien évidemment, je conçois que vous ne souhaitiez pas y répondre et que peut-être un de vos collègues pourra intervenir.
Cordialement

Christelle Moreau — 13-04-2009 10:26

a écrit:

Prendre en charge une démarche éducative est aussi prendre en charge la composante psychique

Rien n'est plus vrai.
C'est aussi la raison pour laquelle, il serait important que vous vous autorisiez à respecter le rythme nécessaire à son apprentissage, à sa rééducation, à sa thérapie en cours. Sans vouloir trop en faire, sans vouloir "brûler" les étapes, en contenant son TOUT avec ce qui vous est imparti, c'est à dire le quotidien. Travail, sommes toutes énorme de partage, d'accompagnement et d'observation.
Ce petit à beaucoup de chance d'avoir été placé dans une famille d'accueil aussi attentive à son évolution. Mais, si vous lui laissiez aussi le temps de se réapprendre et de réapprendre l'autre afin qu'il puisse de nouveau envisager de confronter un regard ?

a écrit:

Pouvez-vous tout simplement parler d'une ou plusieurs interprétation de cette souffrance?

En aucun point. Chaque souffrance et symptôme "appartient" à l'histoire et à l'individu lui-même qui la porte et ne peut en aucun point être "interprétée" ou encore assimilée à la va vite et ce sur un forum si serieux qu'il soit, sans connaitre l'enfant ou l'adulte au préalable.

a écrit:

Cependant si vous pensez que "j'outrepasse" mes droits dans la question posée,

Ce n'est en aucun cas dans la question posée que vous semblez "outrepasser" vos droits, mais bel et bien dans le désir sous-jacent qui la génère.
Le désir que cet enfant, que vous épaulez chaque jour, aille mieux. Désir saint et clair, mais qui semble vous envahir de part les mots que vous exprimez dûs à visible souffrance du petit garçon que vous accueillez.

Difficile tâche que de ne pas chercher à être TOUT, à répondre à tout, à comprendre tout, mais accompagner, soutenir, contenir et épauler, sans empiéter sur le travail en profondeur avec l'enfant ce qui je le répète est tâche difficile, complexe et subtile à la fois.

sayannes — 16-04-2009 22:10

Bonsoir,
Je vous remercie pour votre réponse, en effet je pense que vous avez raison, le temps est le meilleur allié, sachant qu'il n'est chez nous que depuis 6 mois et que pour la première fois depuis longtemps il est dans une situation stable.
"Accompagner,soutenir,contenir et épauler" voici quatre mots qui définissent clairement notre profession.
Je n'ai pas de soucis relationels avec cet enfant qui nous renvoie à nous, famille d'accueil, une bonne image de nous-même, ce qui lui permet d'avoir une bonne image  de lui-même dans ce petit espace ce qui est déjà un immense progrés.
Merci encore à vous et à votre compréhension des  situations tellement délicates que vous abordez.
Cordialement