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  <title>Psychanalyse en Ligne</title>
  <description><![CDATA[La psychanalyse dans tous ses sens : portail]]></description>
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  <dc:language>fr</dc:language>
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<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3085-trouble-panique">
  <title>Le trouble panique</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3085-trouble-panique</link>
  <dc:date>2008-12-10T17:02:50+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Bernard Trilles</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>Un jour, alors que tout se passe bien dans votre vie vous vous trouvez dans un magasin bondé de monde ou en voiture dans un bouchon et soudain une sensation de malaise s’installe en vous, des palpitations cardiaque, impression que votre cœur va s’arrêter, oppression dans la poitrine, difficulté à avaler, vos mains et tout votre corps sont envahis de fourmillements, vous avez l’impression que vos jambes sont en coton,  une sueur froide fini par vous gagner et la peur aidant, vous pensez que votre dernière heure est arrivée...</description>
  <content:encoded><![CDATA[Un jour, alors que tout se passe bien dans votre vie vous vous trouvez dans un magasin bondé de monde ou en voiture dans un bouchon et soudain une sensation de malaise s’installe en vous, des palpitations cardiaque, impression que votre cœur va s’arrêter, oppression dans la poitrine, difficulté à avaler, vos mains et tout votre corps sont envahis de fourmillements, vous avez l’impression que vos jambes sont en coton,  une sueur froide fini par vous gagner et la peur aidant, vous pensez que votre dernière heure est arrivée... Il en est rien <strong>c’est un symptôme bénin qui ne peut pas mettre une vie en danger</strong> mais il est vrai que ce trouble, lorsque la personne n’en est pas informée, est extrêmement  difficile à vivre et peut devenir très invalidant si on ne consulte pas rapidement un spécialiste à tel point qu’une désocialisation peut s’en suivre couplé d’une agoraphobie.
L'épisode de terreur irrationnelle que nous venons de décrire se nomme une crise de panique. Bien que les crises ne ressemblent pas toujours à ces situations décrites, elles ont des caractéristiques semblables.<br />
<br />

La prise en charge thérapeutique doit consister à expliquer au patient de ce dont il « souffre » en insistant sur le fait  que ces malaise sont aujourd’hui bien connus et qu’ils ne mettent en aucun cas leurs vies en danger et petit à petit sur le courant d’une thérapie cognitivo comportementale, mettre en place différents exercices de confrontations aux situations anxiogènes avec une auto gestion évalué sur un tableau avec une échelle d’angoisse de 1 à 8 pour chaque situation anxiogène (voir tableau ci-dessous), on arrive après quelques mois à une amélioration des troubles, cependant une thérapie analytique permettrai de « traiter » le problème en profondeur  car les crises sont souvent  liés à une anxiété accumulée, créée par des conflits inconscients relevant de l’enfance,  et qui avec le temps, se traduisent en crises.<br />
<br />

TABLEAU D’EVALUATION :<br />
<br />
<img src="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/images/trouble_panique.jpg" alt="trouble panique tableau" />

Il est à noter en général que ce symptôme s’inscrit dans un tableau de trouble anxieux généralisé et qu’une meilleure compréhension de son histoire permettra de connaitre la genèse de cette anxiété.]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3084-homme-dans-le-couple">
  <title>Et l’homme dans le couple</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3084-homme-dans-le-couple</link>
  <dc:date>2008-10-13T15:29:07+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Bernard Trilles</dc:creator>
  <dc:subject>Actualités</dc:subject>
  <description>Au départ l'homme portait une robe, César, lui avait une garde-robe à faire pâlir Cléopâtre, mais ses qualificatifs étaient : domination, conquête, courage, viril, protecteur ...

Et puis après il y a eu l'homme-cravate, lui c'était le pouvoir, l’argent, il pouvait tout acheter, qu'il pensait. 
Et là, c'est l'homme à la recherche de sa personnalité , il a découvert son image, enfin dans le miroir , depuis il ne quitte plus le miroir et tous les jours l'interroge sur son image , il a commencé à voler un peu de crème par-ci par là, puis là, sans-gêne , Monsieur fait ses emplettes à la parfumerie du coin , prend des rendez-vous à l'institut, sa voix s'adoucit, ses gestes sont très posés et calculés et même se permet de porter quelques bijoux, il est devenu très coquet ...

Au début, sa relation avec la femme, c’était : "je te veux, je te prends, femme" ,après  : " j'ai l’argent, j'ai le choix de ma future femme", et aujourd’hui ??</description>
  <content:encoded><![CDATA[Au départ l'homme portait une robe, César, lui avait une garde-robe à faire pâlir Cléopâtre, mais ses qualificatifs étaient : domination, conquête, courage, viril, protecteur ...<br />
<br />
Et puis après il y a eu l'homme-cravate, lui c'était le pouvoir, l’argent, il pouvait tout acheter, qu'il pensait. 
Et là, c'est l'homme à la recherche de sa personnalité , il a découvert son image, enfin dans le miroir , depuis il ne quitte plus le miroir et tous les jours l'interroge sur son image , il a commencé à voler un peu de crème par-ci par là, puis là, sans-gêne , Monsieur fait ses emplettes à la parfumerie du coin , prend des rendez-vous à l'institut, sa voix s'adoucit, ses gestes sont très posés et calculés et même se permet de porter quelques bijoux, il est devenu très coquet ...<br />

Au début, sa relation avec la femme, c’était : "je te veux, je te prends, femme" ,après  : " j'ai l’argent, j'ai le choix de ma future femme", et aujourd’hui ?? La femme, elle, prend <br />
<br />
des postures, des attitudes que nous pouvions qualifier de masculine autrefois : elle dirige, elle conseille, elle séduit, elle fait un peu peur…<br />
<br />
-	Force est de constater que les hommes de notre époque ont de plus en plus de mal à trouver leur place dans le couple et de facto dans notre société.  Ils ne comprennent plus les femmes tantôt demandeuses d’implication dans les taches ménagères mais aussi un brin demandeuses de machisme, tantôt demandeuses de romantisme mais aussi de virilité. <br />
Les femmes ont fait énormément de chemin, elles se sont libérées sexuellement aidé par le mouvement MLF. Elles sont devenues autonomes en travaillant et en menant leurs vie comme elles l’entendent,  elles se sont émancipées ; tandis que l’homme est resté sur le quai en attendant que le train passe, il n’a pas évolué et il est donc forcé de répondre aux demandes et aux attentes implicites des femmes qui « ont pris le pouvoir ». Mais le hic dans tout cela c’est que la femme ne sait toujours pas ce qu’elle veut mais nous pouvons dire qu’elle sait ce qu’elle ne veut pas et de plus, elle continue son « combat » d’émancipation à son insu.<br />

-	Des hommes perdus, nous en rencontrons tous dans nos cabinets ou ailleurs. Il y a le fils de la féministe qui ne peut répondre aux désirs des femmes car la femme est respectée à outrance voir idéalisée et quasiment inaccessible. Il y à l’homme multi-divorcé, affublé d’un comportement primitif, un peu comme nos parents ou grands parents, allant chasser le sanglier et rentrant en conquérant sous le regard admiratif et ébahi de SA femme et de ses enfants. <br />
<br />
-	Mais il y a surtout l’homme sensible qui ne se trouve pas à la hauteur de cette femme qui prend le dessus dans tous les secteurs de notre vie, éducation, médecine, politique mais aussi et surtout dans le rapport sexuel. Elles sont dépeintes sur tous nos magazines, dans nos villes en 4 par 3 et sur nos téléviseurs.   Bon nombre de jeunes hommes sont aujourd’hui effrayés par le rapport sexuel hétéro à un point tel qu’ils repoussent leurs 1er rapport ou ne s’y confronteront jamais. <br />

-	L’immense majorité des filles aujourd’hui trouve tout à fait normal que le garçon se féminise en se rasant le torse,  les jambes,  les aisselles et ailleurs… Les garçons doivent prendre soin de leur personne en s’appliquant des crèmes de nuits et de jours ainsi que des essences de parfums. Mais il ne faut pas oublier également les filles en recherche d’un peu de virilité, celles-ci trouvent leurs « bonheurs » chez les garçons issus de l’immigration d’Afrique du nord de 2ème et  3ème génération,  les seules encore à garder peut être  « l’image » de l’homme d’antan.<br />

-	Mais lorsque nous recevons des couples de tout âge nous voyons bien que la femme prend quasi systématiquement l’ascendant sur l’homme et qu’elle est plus revendicatrice quant il s’agit de jeunes couples allant jusqu'à 40 ans environ. Il en est tout l’opposé pour les couples ayant la cinquantaine et plus, avec des hommes qui dirigent le couple régulièrement.<br />

-	Aujourd’hui, l’homme et la femme sont déconnectés de tout schéma de couple,  ils sont perdus, les seuls à tirer peut être, leur épingle du jeu se sont les très jeunes,  avant 20 ans, qui semblent commencer à mettre en place un rapport de couple équilibré.<br /><br />


Un rééquilibrage s’installera car dans cette histoire nous sommes tous perdant, l’homme qui cherche une femme qui n’existe pas et une femme qui ne sait pas trop ce qu’elle cherche en l’homme. <br />
<br />

-	L’homme doit prendre le taureau par les cornes et rattraper le temps perdu à regarder le train afin qu’il puisse retrouver sa place au sein du couple, il n’est pas un animal dominant, mais c’est tout de même un « mâle » ! <br />
Laissons lui la prévalence de dominer et « se durcir » en certaines circonstance… et nous aurons tous peut être à y gagner…<br />

<br />

-	Lorsque le couple est stable l’enfant arrive, quant on connait la représentation immuable du père : L’autorité… ceci devrait nous faire réfléchir… mais c’est une autre histoire…]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3083-a-la-decouverte-hypnose">
  <title>A la découverte de l'hypnose</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3083-a-la-decouverte-hypnose</link>
  <dc:date>2008-10-08T16:41:13+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Julia Legrand</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>L’hypnose est un terme qui entraine un grand nombre d’idées reçues, d’inquiétudes et de méfiance. On donne parfois à l’hypno-thérapeute des pouvoirs, presque magiques, de contrôle et de manipulation sur autrui. Or, il en est tout autre. On s’aperçoit rapidement que l’hypnose n’est pas une technique magique pouvant inciter une personne à agir contre sa volonté. Il s’agit certes d’un outil puissant mais qui agit dans tout le respect de l’individu et de son fonctionnement. Son utilisation doit évidemment se faire dans un cadre respectueux, par un thérapeute certifié, positionné dans une éthique et une déontologie. 
Par ailleurs, il est intéressant de rappeler que l’hypnose est un état que nous connaissons, puisque nous le pratiquons dans notre quotidien, sans nous en rendre compte. En effet, nous entrons en transe légère, par exemple, en laissant notre pensée et notre imagination nous emporter ailleurs, nous couper de ce que nous sommes en train de faire et de notre réalité environnante. Nous sommes également en état hypnotique en focalisant toute notre attention sur une activité spécifique, comme la recherche d’un objet perdu. Enfin, il arrive souvent, notamment dans l’angoisse, qu’une personne s’enferme dans une « hypnose négative », portant toute l’attention sur son symptôme,  renforçant celui-ci dans un cercle vicieux.</description>
  <content:encoded><![CDATA[L’hypnose est un terme qui entraine un grand nombre d’idées reçues, d’inquiétudes et de méfiance. On donne parfois à l’hypno-thérapeute des pouvoirs, presque magiques, de contrôle et de manipulation sur autrui. Or, il en est tout autre. On s’aperçoit rapidement que l’hypnose n’est pas une technique magique pouvant inciter une personne à agir contre sa volonté. Il s’agit certes d’un outil puissant mais qui agit dans tout le respect de l’individu et de son fonctionnement. Son utilisation doit évidemment se faire dans un cadre respectueux, par un thérapeute certifié, positionné dans une éthique et une déontologie. <br /><br />
Par ailleurs, il est intéressant de rappeler que l’hypnose est un état que nous connaissons, puisque nous le pratiquons dans notre quotidien, sans nous en rendre compte. En effet, nous entrons en transe légère, par exemple, en laissant notre pensée et notre imagination nous emporter ailleurs, nous couper de ce que nous sommes en train de faire et de notre réalité environnante. Nous sommes également en état hypnotique en focalisant toute notre attention sur une activité spécifique, comme la recherche d’un objet perdu. Enfin, il arrive souvent, notamment dans l’angoisse, qu’une personne s’enferme dans une « hypnose négative », portant toute l’attention sur son symptôme,  renforçant celui-ci dans un cercle vicieux. <strong>1. Tentative de définition</strong><br />
<br />
L’hypnose appréhende l’individu dans et par ses rapports au monde, à travers les relations qu’il entretient avec lui-même, avec les autres et avec son environnement.  L’hypnose ne se fonde sur aucune psychopathologie, elle ne se préoccupe pas du passé et n’a pas besoin de donner un sens ou d’interpréter. L’hypnose est une « manière d’être au monde, une façon de se poser dans l’existence » .<br />

De ce point de vue, «  la souffrance vient de ce que l’on est mal placé et que l’on se place mal (…) c’est donc le rapport au monde qui fait problème » . Ainsi, c’est la manière dont la personne s’accorde à elle-même et au monde qui la fait souffrir, et c’est sur ces rapports que le processus hypnotique va agir. En effet, l’expérience de l’hypnose permet l’ouverture à une réalité plus riche, en changeant les perceptions et en engageant la personne dans un processus dynamique, dans un mouvement vital. L’hypnose remet « l’individu en mouvement et l’installe à sa place » , en développant ses ressources personnelles et sa sécurité intérieure.
L’hypnose n’appartient pas aux domaines de la réflexion, de la compréhension ou de l’analyse, mais à celui du ressenti, des sensations et émotions : « la puissance de l’hypnose provient du fait qu’elle ne fait pas comprendre mais vivre et ressentir » . En outre, elle permet de s’éloigner des besoins de maîtrise et de compréhension, ainsi que des restrictions de la conscience et de la pensée, afin de se ressentir et de s’expérimenter autrement, puis de « s’absorber dans la vie » . Son but est de réactiver dans l’ici et maintenant les potentialités et les ressources inconscientes ou non utilisées d’une personne.<br />
<br />


Selon François Roustang, il s’agit d’un état de Perceptude, caractérisé par le lâcher prise, par un état d’ouverture à soi, aux sensations, à l’expérience et au monde environnant. La Perceptude est un état que nous connaissons mais que nous avons quitté au fil de l’enfance. F. Roustang compare cet état à l’expérience du nourrisson qui découvre le monde, dans toute sa sensorialité, et structure progressivement sa relation à celui-ci. C’est une perception « à la fois finie et sans limite » du monde, où le petit enfant va progressivement s’inscrire, construire ses repères, s’adapter et trouver sa place. <br />

L’hypnose va donc nous permettre de retrouver cet état d’ouverture, de découverte et de présence au monde environnant.<br />
<br />
<strong>2. Le processus hypnotique : vers l’ouverture</strong><br />
<br />
Pour décrire la transe hypnotique, F. Roustang évoque un état de « veille paradoxale », terme spécifique montrant ainsi les différences et les similitudes de l’hypnose avec l’état de veille (restreinte) et le sommeil paradoxal (où le rêve est présent). « Elle a certains attributs du sommeil puisqu’elle sépare l’hypnotisé des stimuli afférents, mais par ailleurs elle se révèle une vigilance accrue capable de prendre en compte la totalité des paramètres de l’existence, sorte de vigilance généralisée qui englobe et dépasse la vigilance restreinte, celle que nous connaissons dans la vie quotidienne » .<br />
<br />
Il existe différentes phases au cours du processus hypnotique. La première étape est celle de l’induction, où le thérapeute invite le patient à porter son attention sur un élément intérieur (respiration, sensations) ou extérieur (fixation d’un point). Cet état de concentration induit favorise un arrêt de la perception et une rupture avec l’environnement, puis  entraine l’état de confusion. <br />

La confusion est un phénomène déstabilisant, qui bouscule les repères, le système de perception et de compréhension de l’individu, favorisant ainsi le lâcher prise.
Ce passage par la focalisation et la confusion permet progressivement à l’individu de s’éloigner de la veille ordinaire et d’accéder à la dissociation. 
En état de dissociation, une partie du patient se coupe de l’extérieur pour se concentrer sur l’expérience intérieure. <br />

Cet état dissociatif permet ainsi l’entrée dans la veille paradoxale, c’est à dire dans un nouveau système de perception et de référence (La Perceptude). De ce fait, le patient, ayant accès à une nouvelle perception, plus élargie, va pouvoir retrouver des potentialités et des ressources non prises en compte par la perception trop étroite et rigide de la veille normale.<br />


Dans le processus hypnotique, il y a donc une perte de contact avec l’extérieur et une baisse de l’activité de la veille restreinte, qui favorisent ainsi l’ouverture à l’imagination, à la veille généralisée et au propre pouvoir de configurer le monde. Le rôle des suggestions et des inductions hypnotiques, utilisées par le thérapeute, est de favoriser cet état de fermeture pour permettre l’ouverture à d’autres perceptions.<br />

Par ailleurs, il est utile et rassurant de préciser que, en état de transe hypnotique, la coupure avec l’environnement n’est jamais totale puisqu’une partie de la personne ( la veille restreinte) est toujours plus ou moins présente. La personne peut également, à tout moment, sortir de cet état si elle le désire.  <br />
<br />
<strong>3. Objectif de l’hypnose : le changement</strong><br />
<br />
L’hypnose vise à ré-expérimenter virtuellement, dans l’imaginaire du corps, et à modifier les perceptions, afin d’ouvrir sur d’autres possibilités. « L’hypnose est une thérapeutique de reconstruction, de réassociation, qui réalise au final une plastie mnésique du problème traité et permet à nouveau au sujet d’accéder à la liberté de choix » .<br />
<br />


En transe hypnotique, le patient travaille sur son but (de manière plus ou moins indirecte), dans le moment présent, et sur les possibilités d’action pour atteindre progressivement ce but. Il s’agit d’un travail d’anticipation de l’imagination, sur « comment aborder un problème ». Ce travail est d’une grande importance puisque : « il suffit parfois de poser les problèmes résolus pour que se fassent jour les obstacles à franchir » . Ainsi, en s’imaginant dans la situation problème, en l’anticipant et en la regardant en face, un travail est déjà en train de se mettre en place. <br />
<br />


La pratique régulière de l’hypnose offre différents bénéfices, et permet, selon F. Roustang d’accéder à une position particulière, la Disposition. La disposition est « l’acceptation d’une chose et de son opposé »  : la capacité de faire pour ne pas faire, de vouloir lâcher prise, de ne pas sentir pour se laisser habiter par toutes les sensations. C’ est « comme une disponibilité à l’égard de n’importe quel futur, comme une ouverture qui s’émerveille de  tout et ne s’étonne de rien » . Il s’agit donc d’être « simplement » présent à soi même et au monde.<br />

Cette disposition, à accepter une chose et son contraire, apparaît alors comme le fondement de la « philosophie » de l’hypnose, selon F. Roustang. Elle offre au patient la possibilité de sortir d’une impasse et d’une crispation, en créant une attente, puis en favorisant la prise de distance et la remise en question. <br />
<br />


Bertrand Picard, psychiatre et psychothérapeute, a développé une approche métaphorique très pertinente dans un article « changer d’altitude pour changer nos visions du monde » . <br />

Selon lui, le mouvement de la vie est comparable à un vol en ballon (montgolfière). Dans ce ballon, nous sommes parfois en prise avec une nature subie que nous ne pouvons pas contrôler : le vent, ses changements de direction et de vitesse. Face à ces obstacles, nous avons tendance à nous battre et à tenter de les contrôler. Cependant, l’auteur nous démontre que rien ne sert de lutter et de perdre de l’énergie à aller contre les vents ; mais qu’il faut prendre conscience de ce que l’on peut ou pas changer, puis s’adapter, en faisant preuve de créativité. <br />

Dans ce vol en ballon, comme dans le cours de la vie, la seule chose que nous pouvons contrôler est l’altitude. Il s’agit bien là d’une métaphore de l’hypnose, qui permet de changer l’altitude ou les perceptions, en s’élevant, c’est à dire en s’ouvrant vers l’extérieur , ou bien en s’abaissant, en descendant à l’intérieur de nous-mêmes.<br />

Ainsi, il ne faut pas lutter contre le vent, mais aller avec lui, en s’adaptant et en développant nos ressources. De même, en luttant contre une tendance ou une angoisse, le risque est de renforcer les résistances et de nier le fonctionnement du sujet. Il faut donc pouvoir se laisser traverser par l’angoisse, l’accepter, pour ensuite pouvoir s’en défaire.<br />
<br />
L’éducation, les apprentissages, l’école, nous ont appris à mettre en place des réponses, devenues des habitudes et des automatismes, face aux diverses situations de la vie. Seulement, ces réactions ne sont pas toujours adaptées et peuvent freiner nos capacités créatives : « notre habitude automatique de nous battre contre le vent nous fait oublier tout ce qui peut aller avec lui, avec ce qui soutient les forces du patient, avec ce qui  permet de renforcer un processus évolutif » . Il s’agit alors d’effectuer un nouvel apprentissage : apprendre à se défaire de ces automatismes, sortir de nos schémas appris et inefficaces, pour créer du nouveau et changer la perception. <br />
<br />


Pour reprendre le terme de F. Roustang, il s’agit de revenir à l’état de Perceptude que nous avons quitté dans l’enfance, en remettant en cause nos savoirs anciens, nos évidences et nos habitudes. Il est nécessaire de parvenir à désapprendre et à lâcher prise, pour être simplement dans la réalité présente et se laisser traverser par toutes les sensations de l’environnement, sans chercher à comprendre, analyser, ou simplement penser, car cette pensée nous éloigne du ressenti. « Chaque fois qu’il arrive avec la plus grande perfection d’exactitude, de penser ce que l’on pense, de sentir ce que l’on ressent, d’éprouver ce que l’on éprouve, on entre dans la vie du monde et on participe à sa puissance »  En deux mots, nous devons simplement Etre dans la vie, Exister. <br />
<br />

Pour conclure ce bref exposé, l’hypnose n’est pas simplement une technique, mais plutôt une approche thérapeutique, et même une « philosophie de vie ». En effet, l’hypnose est une disposition particulière, un état d’ouverture à la richesse de la vie intérieure et extérieure. C’est un processus dynamique, qui nous (re)donne notre place et nous entraine dans le mouvement de la vie. L’expérience de l’hypnose nous apprend à prendre de la distance avec nos croyances apprises, avec nos réponses réflexes et nos tentatives de solutions, pour laisser notre créativité se déployer. <br />
<br />



 « Parce que tout se transforme, vieillit et meurt, s’il (l’individu) est dans la disposition (liée à la pratique de l’hypnose ), il est apte aux remises en cause radicales de ses idées, de ses valeurs, de ses certitudes. Il n’est pas à l’abri de la peine, de la souffrance, des déchirements ; mais tout cela, il le prend comme des occasions d’inventer encore sa vie, les autres, ses tâches. » 
<br />
<br />
BIBLIOGRAPHIE<br />
<br />
•	Sous la direction de J.M. Benhaïem, « L’hypnose aujourd’hui », Editions In Press, 2005 : Articles cités : <br />

-	F. Roustang, « Mystérieuse hypnose »<br />
-	P. Richard, « Pourquoi l’hypnose existe-t-elle ? »<br />
-	P. Parent, « De la psychanalyse à l’hypnose »<br />
-	G. Salem, « L’hypnose comme outil expérimental commun »<br />
-	F. Roustang, « L’auto-hypnose comme guérison » <br /><br />

•	F. Roustang, « Qu’est-ce que l’hypnose ?», Les éditions de minuit, Paris, 1994. <br />
•	F. Roustang, « Il suffit d’un geste », Odile Jacob, Paris, 2003.<br />
•	G. Salem et E. Bovin, « Soigner par l’hypnose », Elsevier Masson, Paris 1998.<br />
<br />
•	P. L. Harris, article « imaginer pour grandir », revue Sciences humaines n° 163.<br />
•	P.H. Mambourg, article « Créativité et hypnose », revue Hypnose et thérapies brèves, n°3. <br />
•	B. Picard, article « L’hypnose dans le vent », revue Hypnose et thérapies brèves, n°1.<br />
•	S. Colombo, article « Vous avez dit  Pourquoi ? », revue Hypnose et thérapies brèves, n°4. <br /> 
•	Site internet Le cerveau à tous les niveaux.<br /><br />
<a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-LEGRAND-Julia" hreflang="fr">
JULIA LEGRAND<br />

Psychologue- Psychothérapeute</a>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3082-le-sport-dans-le-developpement-de-lenfant">
  <title>Le sport dans le développement de l’enfant</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3082-le-sport-dans-le-developpement-de-lenfant</link>
  <dc:date>2008-10-01T10:51:28+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Julia Legrand</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>L’EPS et le sport favorisent le développement tant corporel que psychologique et social de l’enfant. Sous réserve de se garder -  tentation bien contemporaine - d’un excès d’activités sportives en dehors de l’école.

Dès l’enfance, l’activité sportive participe au développement d’une identité propre et à la construction de l’image de soi, en favorisant notamment la prise d’autonomie et l’affirmation de soi. Grâce au sport, l’enfant découvre son corps, ses limites, ses aptitudes, et apprend à mieux se connaître.</description>
  <content:encoded><![CDATA[L’EPS et le sport favorisent le développement tant corporel que psychologique et social de l’enfant. Sous réserve de se garder -  tentation bien contemporaine - d’un excès d’activités sportives en dehors de l’école.<br /><br />

Dès l’enfance, l’activité sportive participe au développement d’une identité propre et à la construction de l’image de soi, en favorisant notamment la prise d’autonomie et l’affirmation de soi. Grâce au sport, l’enfant découvre son corps, ses limites, ses aptitudes, et apprend à mieux se connaître. <strong>Maîtrise des pulsions</strong><br />
Nous remarquons souvent une baisse d’intérêt pour le sport chez les adolescents, qui vivent alors une période de crise identitaire et de tension interne, durant laquelle la relation au corps change (changement dans les centres d’intérêts des ados et d’un manque d’aisance dans leur rapport au corps). C’est pourtant aussi à cette période charnière que l’impact du sport dans l’équilibre émotionnel des jeunes peut être majeur : l’effort physique permet d’évacuer les tensions et angoisses…tout comme une énergie parfois débordante. Le jeune apprenant ainsi à gérer et maîtriser ses pulsions et réactions.<br /><br />

<strong>Relation aux autres</strong><br />
Le sport tient également, à tout âge, un rôle important dans la socialisation. L’intégration et l’appartenance à un groupe sont primordiaux pour l’enfant, qui doit pouvoir s’identifier aux jeunes de son âge afin d’affirmer ensuite sa propre personnalité. De plus, à travers les activités, l’enfant apprend l’intérêt des règles, et intériorise des limites qui vont l’aider à grandir et se structurer. <br /><br />

<strong>Affirmation de soi</strong><br />
Des recherches (Sallis et al 1999) ont enfin montré les effets positifs du sport sur les performances cognitives. En contribuant à l’affirmation de soi, à la stabilisation des tensions et à la décharge du surplus d’excitation, le sport entraîne une meilleure capacité d’attention et une disponibilité psychique favorables à l’apprentissage. <br /><br />


L’éducation physique et sportive, comme matière obligatoire à l’école, apparaît bien alors comme un facteur majeur d’épanouissement personnel, influant sur la construction d’une image de soi positive. Sous réserve, bien sûr, de se garder d’une surcharge d’activités en dehors de l’école. Une pratique trop intense entraînant un épuisement, une fatigue physique et des problèmes de sommeil : le risque d’accident et de lésions est ainsi augmenté, et les résultats scolaires sont en baisse. Enfin, on oublie aussi trop souvent que les temps de repos, de jeu et même d’ennui, sont tout aussi indispensables pour l’épanouissement de l’enfant et le développement de son imaginaire et de sa créativité.<br /><br />


<a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-LEGRAND-Julia" hreflang="fr">Julia Legrand</a><br />
Psychologue clinicienne <br />
Psychologue de l’Education<br />
Site : <a href="http://www.cabinet-psychotherapie.com" hreflang="fr">www.cabinet-psychotherapie.com</a><br />

(Article paru en 2006 dans le magazine « la salle liens international »)]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3081-donner-ou-ne-pas-donner-is-that-the-question">
  <title>Donner ou ne pas donner ? Is that the Question ?</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3081-donner-ou-ne-pas-donner-is-that-the-question</link>
  <dc:date>2008-09-26T16:07:30+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Robert Bitoun</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>Conférence écrite dans le cadre d’une soirée caritative organisée par l’association B.E.A,  mai 2008.
Je me propose de vous faire part de quelques réflexions concernant ce que, finalement, j’en suis venu à appeler « la Chose du Don », comme on dit la Chose pour parler de la découverte freudienne. La pensée du don a quelque chose du fuyant, d’inapproprié à la raison, un peu comme l’inconscient. 
Et parce que je suis peut-être plus psychanalyste que philosophe, j’aurais tendance à dire qu’au début était l’amour. C'est-à-dire : le don de ce qu’on a pas. Je reviendrais sur cet aphorisme du psychanalyste J. Lacan. Le philosophe, lui (en bon vitaliste), dirait peut-être : non, au début était la vie. La donation suprême. La vie nous est donnée. Certes. Mais nous la rendons – non pas seulement en donnant la vie - mais en rendant la vie, par la mort. C’est le cadeau empoisonné de la vie. Le philosophe pointe là quelque chose qui est au cœur du problème du don – son ambivalence, son ambitendance, et, le caractère vaniteux qui guette toujours le donateur, et son donataire. L’ambivalence est inexpugnable du don : le grec dosis le dit bien - à la fois le don mais aussi la dose pharmaceutique qui tue ou guérit selon la dose. Mais le vieux français aussi avec potard, la potion est aussi bien poison.</description>
  <content:encoded><![CDATA[Conférence écrite dans le cadre d’une soirée caritative organisée par l’association B.E.A,  mai 2008.<br />
Je me propose de vous faire part de quelques réflexions concernant ce que, finalement, j’en suis venu à appeler « la Chose du Don », comme on dit la Chose pour parler de la découverte freudienne. La pensée du don a quelque chose du fuyant, d’inapproprié à la raison, un peu comme l’inconscient. <br />
Et parce que je suis peut-être plus psychanalyste que philosophe, j’aurais tendance à dire qu’au début était l’amour. C'est-à-dire : le don de ce qu’on a pas. <br />Je reviendrais sur cet aphorisme du psychanalyste J. Lacan. Le philosophe, lui (en bon vitaliste), dirait peut-être : non, au début était la vie. La donation suprême. La vie nous est donnée. Certes. Mais nous la rendons – non pas seulement en donnant la vie - mais en rendant la vie, par la mort. C’est le cadeau empoisonné de la vie. Le philosophe pointe là quelque chose qui est au cœur du problème du don – son ambivalence, son ambitendance, et, le caractère vaniteux qui guette toujours le donateur, et son donataire. L’ambivalence est inexpugnable du don : le grec dosis le dit bien - à la fois le don mais aussi la dose pharmaceutique qui tue ou guérit selon la dose. Mais le vieux français aussi avec potard, la potion est aussi bien poison. La Chose du don est en effet marquée d’une telle ambivalence que c’est à se demander si le don n’est pas constitutif de l’ambivalence de l’humain comme tel. Il semble aussi que la question du don ne se laisse pas facilement « expertisée ». Elle comporte en elle une forme d’interdiction sacrée. Il nous faut, semble-t-il toujours pouvoir dire qu’il y a du don. Il y a là un appel humaniste. Ce « Il faut qu’il puisse y avoir eu don », quelqu’en soit la forme, tente t’il de sauver ce qui s’évanouit dans l’achèvement même de son procès ? Est-ce un cri ? Un cri d’amour ? D’alarme ? Sans doute… Peut-être… A moins qu’il n’y ait là qu’un dit, qu’une façon de s’imaginer que l’humain est toujours possible dans un monde où l’inégalité est la règle, un monde naturel en somme. A moins qu’il n’y ait là qu’un simulacre déguisé derrière l’urgence, derrière l’horreur, toujours. <br /><br />

Mais enfin, quoi qu’on en dise, vous êtes là en partie pour en attester, le don, quoi qu’il soit, peut rassembler, peut faire lien – au moins entre donateurs. Je dis cela parce que vous constatez comme moi qu’on donne de plus en plus a des inconnus. Mais donne-t-on vraiment à un inconnu. Ou bien à celui qui nous soumet sa cause. A l’intermédiaire. Et donc plus précisément à une cause. Et faisons-nous corps nous-mêmes avec cette cause ? Il semble que nous n’en ayons nul besoin. Je veux bien que l’on soit touché personnellement par une cause - mais là justement le mot « cause » le dit : c’est finalement la cause qui nous oblige à produire cet effet : celui de donner. La cause serait finalement ce qui est perdu, ce qui est abandonné, et auquel on dirait pardon - par le don, plus précisément. Par la culpabilité de celui qui reste.<br /><br />

Alors qui est le vrai donateur ? Celui qui donne, celui qui reçoit ? L’authentique donateur, n’est-ce pas celui qui reçoit en reconnaissant le présent comme don ? Sans la personne qui reconnaît avoir reçu un don, y a-t-il don ? Mais cette reconnaissance ne s’opère-t-elle pas dans la surenchère du don, par un don du donataire ? Ce cycle est-il condition du don ? Et finalement n’y a-t-il pas don véritable qu’en quand aucune des parties ne sait qu’elle a donné ou reçu (la reconnaissance transformant en échange le don – et donc l’annulant - puisqu’il y a gratification en retour) ? Et contrairement à l’échange ou au commerce, l’objet ne s’évanouit-il pas après avoir été donné et reçu ? Et qu’est-ce qui est véritablement donné ? L’objet, l’argent, une satisfaction ? Un plaisir ? Ou bien quoi alors ? Qu’est-ce qui différencie le simple échange du don ? Chacun a sa réponse, on s’arrange avec le fait que l’intention y était – c’est le geste qui compte comme on dit – mais justement, le don supporte-t-il la comptabilité ? <br />
Autre question inévitable : tout don implique-t-il une dette ? Question que l’on peut décliner ainsi : la dette doit-elle vérifier le don, en être sa cause première ? Le don doit-il mettre en dette celui qui reçoit ? <br />
Le don nous préoccupe peut-être beaucoup plus aujourd’hui – et ce malgré les poussées de l’humanitarisme de masse – que parce que nous l’avons peut-être perdu depuis l’avènement de l’Homo Œconomicus. Le don est en effet contaminé par l’échange marchand qui l’a transmué dans le registre comptable du donnant-donnant, et, d’autre part, par la charité chrétienne qui en a généralisé l’obligation et condamné la monstration en le dogmatisant. « Donne mais cache toi ! » D’un côté l’aliénation marchande et la jouissance sous la forme de la plus-value, de l’autre, la jouissance d’un surmoi par la culpabilité. Confusion de l’échange et du don, c’est la naissance du service payant avec plus-value. Confusion de la charité avec la pitié – c’est la situation de la mendicité, qui s’affirme de plus en plus comme un péage obligatoire.<br /><br />
 
Je vais prendre trois perspectives qui me semblent intéressantes parce qu’elles ont l’avantage de s’exclure à priori tout en se répondant les unes les autres sur des points qui me paraissent  cruciaux. La perspective de la sociologie et de l’anthropologie à travers la question des origines du don et de son caractère social. Celle de la philosophie qui soumet le don à la rude épreuve de son phénomène : se peut-il qu’il y ait vraiment don, observable ? Et enfin, je terminerai avec la psychanalyse qui pose la question de la transmission, de l’amour et de la dette. <br /><br />

Le don ouvre à la dimension comme telle du social – c'est-à-dire du lien. On ne parle pas de lien économique en tant que tel ? L’économique c’est donnant-donnant à minima – et plus-value si affinité. Je te donne, tu me payes, on est quitte ! Ici, le don, ne serait-ce que par sa prétention à la gratuité prend son caractère d’anomalie.<br /><br />

Nous, nous sommes dans la socialité secondaire, celle de l’Homo-Œconomicus, et cette société est réglée par des lois impersonnelles : la loi du marché, la science, la technologie, la nature, tout ça, c’est fonctionnel et du même coup c’est impersonnel. Et bien Marcel Mauss est celui qui a ouvert à partir de ses travaux d’anthropologue et de sociologue à une pensée du Don (Cf. Essai sur le don, 1923). C’est une œuvre majeure parce qu’elle constitue aujourd’hui le socle à partir duquel on peut commencer à penser le don. Et pour vous le dire tout de suite – Pour Mauss, le don c’est le Fait social total. Ca veut dire : le fait qu’il y ait du lien, ça ne passe par rien d’autre que – d’abord – par le don. <br /><br />

Que nous dit Marcel Mauss ?  Que dans un grand nombre de sociétés, dites primitives (on ne sait trop pour quelles obscures raisons), ce qui préside à leur constitution comme principe fondateur, c’est le don et non l’échange marchand. C’est bien plus qu’une hypothèse, c’est pour M. Mauss la matrice même de nos sociétés. Mais attention, il ne s’agit pas d’un don-charité. Là, il s’agit du don dit agonistique. Ce don s’articule essentiellement à partir d’un cycle renouvelable : le donner-recevoir-rendre. C’est un don de rivalité, de pur prestige. Le donner-recevoir-rendre est une guerre. Mais c’est une guerre de générosité, une guerre dans laquelle chacun doit se montrer le plus généreux possible. C’est l’objectif, notamment du rituel du potlatch où l’on aplatit son rival pour le « mettre à l’ombre de son nom ». Ici, donner c’est détruire, c’est montrer qu’on est prêt à reculer devant son bien.  Le potlatch témoigne en effet du recul de l'homme à l'endroit des biens « en tant que c'est ce à quoi il a affaire dans son destin » pouvait dire Lacan dans son séminaire sur l’éthique de la psychanalyse, « à la destruction avouée des biens, qu'il s'agisse de propriété collective ou individuelle. » Mais donner, montrer qu’on est supérieur en générosité, en puissance donatrice, c’est humilier son prochain. Celui qui ne peut pas rendre tombe alors sous le pouvoir de son donateur. Mauss, nous dit à quel point ces dons se déploient dans un climat d’hostilité. On est prêt à retomber à tout moment dans guerre pour de vrai. <br /><br />

Nous sommes aujourd’hui assez loin du donner-recevoir-rendre, en tout cas dans sa dimension intercommunautaire. Qu’en reste-il sinon la course aux cadeaux à Noël, qui ressemble assez au Potlatch par son caractère délirant. On peut tout de même pointer que le caractère agonistique s’est dissout dans le système de la concurrence. S’y est donc perdu le don comme tel. En cela l’humanitaire relèverait plus de la solidarité héritée de la charité (Caritas, cherté) chrétienne que de ce don originaire. Mais après tout la démocratie n’est-elle pas une forme radicalisée du donner-recevoir-rendre ? L’émergence, voire la démultiplication des associations de tout poil, retrouvant je crois la triplicité du don non pas agonistique, mais du cycle repéré par Mauss. Ce qui prouverait que l’homo-œconomicus peut cohabiter avec l’associatif, ou l’humanitaire. Mais avouons que ça n’empêche pas d’exister comme dirait l’autre, d’humilier son prochain, de jouir de lui, de le tuer, de l’exterminer (je fais ici référence à Freud dans Malaise dans la civilisation, où il critique le commandement chrétien : aime ton prochain comme toi-même). On peut y voir l’instrumentalisation des associations et l’instrumentalisation des donateurs par les associations elles-mêmes. C’est pour ça qu’il ne faut pas se gausser trop vite d’une possible coexistence avérée ou non, du donnant-donnant et du don. <br /><br />

A moins qu’un don soit possible au-delà de tout présupposé historique ? C’est ce à quoi s’est rompu la langue du philosophe Derrida, en montrant le caractère d’impossibilité du don. Plutôt qu’un long discours, je vais vous lire un passage de Donner le temps. 1. La fausse monnaie, chap. I.<br /><br />

Extrait « Pour qu'il y ait don, il faut que le donataire ne rende pas, n'amortisse pas, ne rembourse pas, ne s'acquitte pas, n'entre pas dans le contrat, n'ait jamais contracté de dette. (Ce « il faut », c'est déjà la marque d'un devoir, le devoir de-ne-pas... : le donataire se doit même de ne pas rendre, il a le devoir de ne pas devoir, et le donateur de ne pas escompter la restitution.) Il faut, à la limite, qu'il ne reconnaisse pas le don comme don. S'il le reconnaît comme don, si le don lui apparaît comme tel, si le présent lui est présent comme présent, cette simple reconnaissance suffit pour annuler le don. Pourquoi ? Parce qu'elle rend, à la place, disons, de la chose même, un équivalent symbolique. Le symbolique ici, on ne peut même pas dire qu'il re-constitue l'échange et annule le don dans la dette. […] La simple identification du passage d'un don comme tel, c'est-à-dire d'une chose identifiable entre quelques « uns » identifiables, ne serait autre que le procès de la destruction du don. Tout se passe comme si, entre l'événement ou l'institution du don comme tel et sa destruction, la différence était destinée à s'annuler constamment. À la limite, le don comme don devrait ne pas apparaître comme don : ni au donataire, ni au donateur. »<br /><br />


Finalement le choix de l’anonymat est de donner au don une implication pure du sujet et ainsi de se rapprocher de cet impossible. Mais n’est-ce pas en même temps l’assurance de ne pas être pris en flagrant délit d’auto-gratification ?<br /><br />

Proche de cette critique du phénomène et la possibilité de l’acte du don (c'est-à-dire son impossibilité d’en attester la valeur) on trouvera au Moyen Age, une certaine idée de la pureté du don chez le philosophe Maimonide qui distingue sept degrés dans la charité : <br />
(1) Donner, mais tristement.<br />
(2) Moins qu'il ne convient, mais de bon coeur.<br />
(3) Seulement après avoir été invité à le faire<br />
(4) Avant <br />
(5) De telle sorte que l'identité de celui qui donne soit ignorée de celui qui reçoit.<br />
(6) De telle sorte que celui qui reçoit ignore l'identité de celui qui donne.<br />
(7) De telle sorte que l'un et l'autre agissent incognito.<br /><br />

Mais que nous dit Derrida qui, en fait, saisira plus tardivement l’occasion d’une critique du philosophe Marion sur le fait que Derrida aurait traité seulement de l’économie du don dans son apparaître comme tel ? C’est que si le don est impossible comme apparaître, comme existant, il n’en conclut pas qu’il n’y a pas de don. On est sur une limite. Mais cette limite cache en fait un retournement. Le don est impossible, donc le don c’est l’expérience même de l’impossible – bref il apparaît en tant qu’impossible – mais justement la disparition du donataire, du donateur et du donné, c’est précisément ce que réalise le don, ce qu’il doit réaliser, mais alors il disparaît, mais alors il est impossible (phénoménologiquement) . Il ne s’agit donc pas d’une évacuation du don mais du registre de l’impossible qui se manifeste, car si le don se manifeste, on retombe dans l’échange. En gros, il réfute Mauss parce que faire du don un échange, c’est de la sociologie. Mais le don, c’est là que j’interprète Derrida, c’est l’humain en tant qu’il tente l’impossible. On rejoint le caractère non pas humanitaire, mais humaniste du Don.<br /><br />

Si le philosophe ne faisait pas l’économie de la Chose Freudienne, l’inconscient, alors peut-être  pourrait-il faire le pas de plus. Je court-circuite peut-être cette donation du don en en faisant un échange inconscient – ici, sur l’Autre scène, l’ob-scène, rien n’apparaît au sujet - mais il me semble que ça a tout son intérêt parce que le don retrouve alors une efficace, hors de son impossibilité parce qu’il surgit hors de la conscience du donataire, du donateur et même du donné. Au fond, on peut penser que le don Maussien de la surenchère se réconcilie avec le don limite indécidable de Derrida avec la psychanalyse. Mais je prendrais les choses autrement. <br /><br />

Finalement, le don, c’est une métaphore. Une métaphore du lien. C’est même le lien lui-même qui advient dans la métaphore du don. Et l’amour ? C’est aussi une métaphore. C’est l’aimé qui se substitue à l’aimant – comme dans le don où celui qui reçoit apparaît comme le vrai donateur – ordonnateur – du lien. La « surenchère » est ce qui officie dans la métaphore du don, et de l’amour. Lacan avait une formule qui peut nous guider et qui rassemble les deux métaphores en une seule. Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas. Donner ce qu’on a ce n’est pas l’amour, c’est – au mieux – la fête. Là, le don apparaît nettement sur le versant de la dette. Mais finalement, le proverbe « Un " tiens " vaut mieux que deux "tu l’auras " » dit mieux que personne qu’on ne reçoit qu’au prix d’une perte. L’amour – « c’est donner de ce qu’on n’a pas » donne encore une indication – c’est que c’est notre manque à être, irréductible à un défaut, une carence, est condition de l’amour, du lien. L’amour est enfant de bohème, de pauvreté. Vous le savez sûrement, mais le concept de libido pour Freud, c’est une façon de généraliser le lien d’amour – d’ailleurs il n’y a pas d’autre forme de lien – alors aimer le pied d’une femme, aimer son ami(e), aimer sa patrie, aimer son chien – pour Freud c’est pareil – c’est du sexuel inhibé quand au but. Donner, ce serait l’acte par lequel s’inaugure le lien au sens fort du terme. Comment donner ce qu’on a pas – cette métaphore qui substitue autant le donataire et le donateur que l’aimé et l’amant, se réalise par le biais de la dette. Et que doit-on si ce n’est ce qu’on a pas pu rendre autrement que par une autre dette ? Là serait le don véritable parce qu’il ne souffre d’aucun échange, il est donné à l’enfant quelque chose qu’il ne peut rendre parce cette chose est quelque chose qui touche de prêt à notre propre manque à être.<br /><br />

Dans le film Mr Schmidt, Jack Nicholson incarne un personnage dont on veut nous faire croire qu’il n’a de sentiment que pour lui-même, alors que justement il est incapable d’en avoir, parce que c’est un obsessionnel – et qu’un obsessionnel dans son genre c’est quelqu’un qui pousse le doute presque jusqu’à son dernier terme pour s’assurer qu’il ne doit rien à l’autre. (mais justement, il ne va pas assez loin pour se rendre compte à quel point cela est dérisoire) – il ne peut lâcher la moindre parcelle d’amour, parce qu’il sait l’égoïsme dont tout amour est frappé. La dérision de la névrose obsessionnelle c’est de vouloir s’acquitter d’une dette symbolique avec du cash. De découvrir sous le symbole, le signe qu’il ne doit rien. A la fin du film, on le retrouve effondré, en pleurs devant le dessin d’un petit enfant qu’il avait parrainé sans conviction à la seule vue d’un petit slogan télévisé. Qu’est-ce qui émeut ? – sûrement pas qu’un monstre s’humanise. C’est qu’il s’est trompé toute sa vie en voulant faire du symbole un signe – il a refusé au don sa capacité d’ élever l’échange à la dignité du symbole, et donc de la dette. Il le paye d’une solitude où rien ne se transmet puisque rien ne se transmet autrement que par la dette. Comme on le voit, l’amour et le désir peuvent attendre. Le donnant-donnant laisse de moins en moins de perspective à un monde où nous pourrions envisager notre prochain autrement que par le biais des services des biens. <br /><br />

Si donner c’est aimer avec ce qu’on n’a pas, irais-je jusqu’à dire que, d’une certainement manière, l’humanitaire donne ce qu’il n’a pas, en demandant aux autres de donner ? Qu’il y ait une résistance à l’amour dans un monde où l’on ne donne que ce que l’on a, et ce, plus que pour la fête, plus que pour les réjouissances, pour notre Jouissance, ça c’est certain. Le processus de désymbolisation est en marche depuis belle lurette parce nous aurions refusé à l’amour sa faculté de ramener la jouissance au désir de l’Autre. <br /><br />

Lorsque L’abbé Pierre raconte la fondation des communautés Emmaüs (qui n’ont pas été fondées au moment de l’appel radiophonique de 1951 pour héberger les SDF, mais trois ans auparavant) il rappelle qu’il hébergeait alors un camarade de déportation qui venait juste de faire une tentative de suicide. Il rapporte la chose ainsi : « subitement, sans réfléchir, » dit-il, « j’ai fait le contraire de la charité, le contraire de la bienfaisance. Au lieu de lui dire, je vais te donner quelque chose à manger, à boire, le gîte, le couvert, je lui ai dit, non je n’ai rien. La seule chose que je puisse te demander, de toute façon tu n’as plus rien à perdre, c’est de m’aider à aider les autres. J’ai fait le contraire de la bienfaisance, autrement dit, je n’ai pas donné, j’ai demandé à l’autre de donner ».<br /><br />


En conclusion, le cycle originaire du donner-recevoir-rendre nous permet à la fois de saisir à quel point notre lecture est empreinte de simplifications mystifiantes : les socialités primaires supportaient certainement bien mieux que nous l’ambivalence du don, c’est-à-dire l’obligation et la liberté en même temps que l’aimance et l’intérêt. En cela, supporter l’ambivalence c’est faire quelque chose plutôt que rien. Et si la pensée du Don dans son apparaître est impossible en effet, il semble bien inutile d’en appeler alors au dogme ou au culte, puisque hors de la cité de Dieu, il nous faut continuer, être « humain ».  Et si nous avions encore à nous assurer que rien de ce que l’on donne vraiment ne puisse jamais entrer dans la ronde marchande, dans l’objet valorisé, la psychanalyse nous assure que ce qu’on donne vraiment, on ne l’a jamais eu : notre être ? Notre confiance en l’autre ? Notre humanité ? <br /><br />

L’ambivalence fondamentale dont je parlais au début doit pouvoir restituer sa formule au don tel qu’on aimerait encore l’envisager, comme producteur du désir – disons simplement : Donner laisse à désirer. <br /><br />

<a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-Bitoun-Robert" hreflang="fr">Robert BITOUN</a>.<br />
Psychanalyste et philosophe]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3078-des-cocons-pour-les-seniors">
  <title>Des cocons pour les Seniors</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3078-des-cocons-pour-les-seniors</link>
  <dc:date>2008-04-28T21:24:08+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Victor Matin</dc:creator>
  <dc:subject>Actualités</dc:subject>
  <description>Cocon3S est un projet monté par l'association "La trame" dont l'un des buts est de créer et gérer des " Cocons " pour les seniors et lutter ainsi activement contre l'isolement et la détresse psychique et morale. Interview de Christiane Baumelle, la présidente de Cocon3S</description>
  <content:encoded><![CDATA[Cocon3S est un projet monté par l'association "La trame" dont l'un des buts est de créer et gérer des " Cocons " pour les seniors et lutter ainsi activement contre l'isolement et la détresse psychique et morale. Interview de <a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-BAUMELLE-Christiane">Christiane Baumelle</a>, la présidente de Cocon3S <strong>Pouvez vous nous expliquer en trois phrases le concept de Cocon 3S ?</strong>
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Les cocon3s sont des groupes de vie de 4 à 8 personnes retraitées, seules ou en couples, formés par cooptation, qui s’organisent dans une grande habitation, soit co-louée, soit co-achetées, soit fournie par une collectivité, pour partager les projets, les coûts, « le meilleur et le pire » en toute solidarité. 
Ces habitations, privées, peuvent être totalement collectives (chacun a une chambre et une salle de bains autonome) ou semi collectives (chacun a un mini appartement). 
Un cocon3s n’implique pas du tout un éloignement de la famille de chacun mais un choix de vie personnelle autonome, à 65ans, 72 ans ou même 84 ans, qui peut fluidifier les relations avec les enfants en les déculpabilisant de ne pouvoir accueillir leur parent chez eux.
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C’est un concept auquel on adhère, à la retraite, parce qu’il correspond à un souhait personnel devenu réalisable, de changer un mode de vie solitaire mal vécu, contre un mode de vie à plusieurs, convivial, sécurisant et solidaire, pour ne pas « attendre », « seul », la grande vieillesse et ses problèmes, pour ne pas tout attendre des enfants, pour se retrouver « en projet », donc « vivant » et sur une nouvelle trajectoire.
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<strong>Peut on assimiler ce projet à de la colocation pour séniors ?</strong>
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Cocon3s n’est pas dans un système commercial de développement d’un site de colocation senior, ce qui aurait pu être possible aussi, mais qui aurait eu du mal à fonctionner au vu des difficultés de chacun à sauter le pas.
Puisqu’on n’est pas sur un choix provisoire comme chez les jeunes, il est plus important de ne pas se tromper dans les choix des personnes, des situations économiques, des modes de vie et de pensée, des valeurs communes.
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<strong>Pensez vous que la compatibilité relationnelle de ces personnes ne soit pas difficile à mettre en place ? Les séniors ne sont ils pas plus exigeants ? Comment comptez vous évaluer les affinités pour la création d'un cocon ?</strong>
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Là en effet est la difficulté ; Il y a des peurs exprimées de ne pas se supporter, de perdre son autonomie. Il n’y a aucun modèle de ce mode de vie entre seniors dans les générations passées. Le sentiment d’innover est séduisant mais fait peur à ceux, moins hardis que d’autres,  qui n’ont rien risqué dans leur vie. Ces derniers entreront dans des cocon3s existants plus tard. Les pionniers seront les plus optimistes et confiants en leurs propres possibilités de gérer les choses au jour le jour.
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L’association La Trame, avec ses psychologues et sociologues, aide à la constitution des groupes de vie en favorisant pour chaque groupe la mise à plat des envies, des besoins, des peurs de chacun, et en aidant à l’organisation concrète de la vie commune ou partiellement commune.
Des outils favorisent le travail collectif.
Des séminaires sont organisés pour préparer ces changements.
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<strong>Pensez vous pouvoir relancer une réelle vie affective, voire amoureuse, à certaines personnes endeuillées ?</strong>
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Je pense que des liens amicaux forts se créeront, dans les cocon3s, sur le long terme, une fois les engouements du départ dépassés et le besoin de contacts apaisé.
Il faut arriver pour certains à apprivoiser le vide, le trou noir, une vacance qu’ils découvrent seulement quand la retraite arrive, ou après un deuil qui fait suite à une longue maladie, ou une séparation.
Outre les thérapies individuelles souhaitables pour certains, les cocon3s peuvent, à leur façon, accompagner une phase d’apaisement et de reconstruction personnelle vers un avenir.
Personne ne fait le deuil d’une vie amoureuse possible, et surtout pas les veufs, ai-je remarqué, comme si aucun autre modèle de vie n’existait.
Les cocon3s n’excluent rien.

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<strong>La présence de possibles maladies ou deuils au sein d'un cocon peut changer la donne dans l'équilibre de celui-ci. Pensez vous que le groupe soit plus fort face à ces fatalités ?</strong>
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Je pense que la maladie, la dépendance et la mort sont toujours présents en toile de fond dans le choix de vivre en cocon3s. Tous affirment vouloir éviter à tous prix la maison de retraite et optent pour une fin de vie douce et entourée bien sûr, la famille n’étant pas exclue du dispositif. Ces situations sont souvent évoquées et préparent les groupes à la perte.

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<strong>Avez vous songé à l'éventualité où les visites des familles puissent former en quelque sorte une "mégafamille" élargie ? Cette idée vous semble-t-elle saugrenue ?</strong>
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Au contraire, je pense qu’un cocon3s qui fonctionne bien doit s’élargir tant à des apports extérieurs réguliers, qu’aux familles des membres, et ce concept de « mégafamille » est très salutaire.
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<strong>Quel accueil avez vous reçu auprès des divers organismes, et en particulier des propriétaires fonciers et leurs agents ?</strong>
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J’ai de plus en plus de conseils généraux et mairies qui me contactent pour mener à bien un projet local.
Le fait que les cocon3s soient une réponse aux trop petites retraites et au coût exponentiel des loyers, les satisfait beaucoup. 
Le fait qu’ils pallient à l’extension des situations de solitude mal vécue et que par là ils puissent faire baisser les dépenses de santé notamment celles liées à la surconsommation d’antidépresseurs les intéresse aussi.
Les propriétaires de grandes unités, qui ont souvent du mal à vendre ou à louer, proposent facilement leurs biens, très satisfaits en plus d’aider une population en besoin de logements et de confort. 
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<strong>D'une manière plus générale, trouvez-vous que le thème du vieillissement et de l'âge d'or soit suffisamment évoqué sous son aspect psychologique ? La plupart des souffrances psychologiques montrées du doigt par la société concernent souvent les actifs (stress, travail,
couple) ou les adolescents ... La vieillesse fait encore peur ?</strong>
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Le vieillissement en effet n’intéressent pas encore le monde des thérapeutes ni des théoriciens.
Quand on arrive en retraite on découvre un état très nouveau fait de vacuité, d’absence de cadre, d’absence d’obligations autres que celles qu’on se donne. Ainsi c’est souvent la 1ère fois de notre vie qu’on peut choisir où on va résider ! D’où une absence de projet de vie encore plus visible et angoissante : Où serai-je « bien » ? Avec qui ? Pour quoi faire ?
Beaucoup de jeunes retraités se « surbookent » soit avec les petits enfants soit avec les activités pour éviter ce vide.
Les moins aisés ne peuvent éviter ce face à face. 
Beaucoup ont peur du vieillissement et de la dépendance avec un grand D comme déchéance. 
Les plus âgés, en dehors des grands dépressifs, sont les plus sereins et  les plus réactifs car ils ont fait la part des choses et ont une conscience du temps qui passe, de l’urgence : ils connaissent leurs besoins actuels et futurs, des autres notamment, et sont les plus capables de choisir leur mode de vie. Ils savent aussi ce qu’ils peuvent attendre de leurs enfants, alors que les plus jeunes évitent la question. 
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<strong>Qu'est ce que Psychanalyse en Ligne peut apporter à Cocon 3 S ?</strong>
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Je crois que votre site peut être un lieu d’expression personnelle des peurs et angoisses liées à des choix de changement de vie, de lieux. Un lien pour parler ses difficultés personnelles dans la vie collective par ex, ses histoires familiales.
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<strong>Vous ne pouvez maintenant utiliser qu'un seul mot pour qualifier votre projet Cocon 3 S. Quel est ce mot ?</strong>
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Optimiste<br />
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Plus d'informations sur <strong><a href="http://www.cocon3s.fr" hreflang="fr">www.cocon3s.fr</a></strong><a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-BAUMELLE-Christiane" hreflang="fr"></a>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3077-cartographie-dune-dispute-de-couple">
  <title>Cartographie d’une dispute de couple</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3077-cartographie-dune-dispute-de-couple</link>
  <dc:date>2008-04-21T21:26:55+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Yvon Dallaire</dc:creator>
  <dc:subject>Actualités</dc:subject>
  <description>par Yvon Dallaire, M. Ps. Psychologue
Il faut beaucoup d’amour et de bonne foi pour vivre à deux, mais c’est loin, très loin, d’être suffisant. Il faut aussi des connaissances et d’énormes efforts pour empêcher que le fantasme amoureux présent au début ne se transforme en cauchemar, laissant deux adultes au plancher, et des enfants qui répèteront le scénario conjugal de leur parent : passion, fusion, confusion et séparation, parce qu’ils n’auront pas su dans quoi ils s’embarquaient en se mariant et n’auront pas réussi à utiliser les crises conjugales pour en faire des crises de croissance personnelle. Ils se convaincront qu’ils ont tiré un mauvais numéro et qu’une âme sœur les attend désespérément quelque part et qu’en la trouvant, ils trouveront enfin le bonheur.</description>
  <content:encoded><![CDATA[par Yvon Dallaire, M. Ps. Psychologue<br>
Il faut beaucoup d’amour et de bonne foi pour vivre à deux, mais c’est loin, très loin, d’être suffisant. Il faut aussi des connaissances et d’énormes efforts pour empêcher que le fantasme amoureux présent au début ne se transforme en cauchemar, laissant deux adultes au plancher, et des enfants qui répèteront le scénario conjugal de leur parent : passion, fusion, confusion et séparation, parce qu’ils n’auront pas su dans quoi ils s’embarquaient en se mariant et n’auront pas réussi à utiliser les crises conjugales pour en faire des crises de croissance personnelle. Ils se convaincront qu’ils ont tiré un mauvais numéro et qu’une âme sœur les attend désespérément quelque part et qu’en la trouvant, ils trouveront enfin le bonheur. La plus grande illusion sur le couple est que le couple rend heureux. La réalité est que la vie à deux constitue le creuset de nombreuses crises et conflits. À peine 20 % réussissent à les surmonter, les autres divorcent ou se résignent. Le couple, tout comme l’argent, ne rend pas heureux :  il nous aide à découvrir qui nous sommes réellement et qui est réellement la personne que nous avons épousée. Cette découverte constitue d’ailleurs le premier moment critique du couple. Personne n’est réellement préparée à la vie de couple car personne ne sait se disputer harmonieusement.<br />
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Nous sommes laissés à nous-mêmes pour apprendre les choses les plus importantes de la vie : l’amour, la communication, la sexualité, l’éducation des enfants. Pas étonnant que si peu réussisse. Il faudrait des cours de préparation au mariage basés sur les réalités quotidiennes auxquelles devront faire face les amoureux, sur les différences fondamentales homme – femme, sur la gestion de la lutte pour le pouvoir inévitable lorsque deux personnes vivent longtemps sous le même toit,  sur les différentes étapes de la vie amoureuse, sur l’irréalisme de certaines attentes ou perceptions, sur la différence entre l’amour et la passion, sur ce que les hommes doivent éviter de faire et apprendre à faire pour vivre heureux et longtemps avec une femme et l’inverse pour la femme. <br />
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Il existe certes des couples heureux, mais ils ne sont pas légion et ne savent pas pourquoi ils sont heureux. Ces couples ont fait, depuis une dizaine d’années, l’objet d’une attention particulière des psychologues à la recherche des raisons qui expliqueraient leur bonheur et qui pourraient être enseignées aux nouveaux couples. Ils n’ont pas trouvé de formule magique, mais ils ont découvert que les couples heureux à long terme manifestent certaines caractéristiques qui font défaut aux couples malheureux et qu’ils évitent les pièges dans lesquels tombent facilement les autresi. Grosso modo, on pourrait résumer ces recherches en disant que les personnes formant les couples heureux ont décidé d’être heureuses plutôt que de chercher à avoir raison sur l’autre. Ils ont découvert que le meilleur pronostic des couples heureux se trouve dans la façon de gérer les crises inévitables de la vie à deux. C’est donc la façon dont un couple se dispute, et non la façon dont un couple s’aime, qui influence son bonheur et sa durée.<br />
<br />


D’où la nécessité de savoir au plus tôt que le couple est synonyme de crise, d’apprendre tout aussi rapidement à gérer ces crises par la négociation et d’accepter que l’on puisse vivre heureux ensemble même si des désaccords subsistent. Le couple est synonyme de crises parce qu’il est formé de deux personnes que les crises permettront de confronter pour se remettre en question et évoluer. Le couple générera des crises parce qu’il est formé de deux personnes différentes, à plus forte raison lorsqu’il est formé d’un homme et d’une femme.<br />
<br />


Cartographie d’une dispute de couple décrit les neuf moments critiques de la vie d’un couple et les six sources de conflits trop souvent insolubles. L’originalité de ce livre réside dans la présentation des bases neuro-bio-psychologiques à la schismogenèse complémentaire que l’on retrouve dans tous les couples qui viennent en thérapie. Vous y trouverez aussi des stratégies pour apprendre à gérer ces crises et ces conflits et différents « secrets » partagés par tous les couple heureux à long terme.<br />
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<a href="http://www.optionsante.com/yd_livres.php?livre=26" hreflang="fr">Ce texte est tiré du livre d’Yvon Dallaire, Cartographie d’une dispute de couple, Genève, Éditions Jouvence, 2007</a>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3076-des-sens-opposes-dans-les-mots-primitifs">
  <title>Des sens opposés dans les mots primitifs</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3076-des-sens-opposes-dans-les-mots-primitifs</link>
  <dc:date>2008-04-19T12:22:18+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Documentation</dc:creator>
  <dc:subject>Les pères fondateurs</dc:subject>
  <description>par Sigmund Freud - 1901
En manière d'introduction à cet article, je citerai un passage de ma Science des Rêves où j'expose une observation découlant de la recherche analytique, observation qui n'a pas encore trouvé d'explication : « La manière dont le rêve exprime les catégories de l'opposition et de la contradiction est particulièrement frappante : il ne les exprime pas, il paraît ignorer le « non ». Il excelle à réunir les contraires et à les représenter en un seul objet. Il représente souvent aussi un élément quelconque par son contraire, de sorte qu'on ne peut savoir si un élément du rêve, susceptible de contradiction, trahit un contenu positif ou négatif dans la pensée du rêve 2. »</description>
  <content:encoded><![CDATA[par Sigmund Freud - 1901<br />
<br />En manière d'introduction à cet article, je citerai un passage de ma Science des Rêves où j'expose une observation découlant de la recherche analytique, observation qui n'a pas encore trouvé d'explication : « La manière dont le rêve exprime les catégories de l'opposition et de la contradiction est particulièrement frappante : il ne les exprime pas, il paraît ignorer le « non ». Il excelle à réunir les contraires et à les représenter en un seul objet. Il représente souvent aussi un élément quelconque par son contraire, de sorte qu'on ne peut savoir si un élément du rêve, susceptible de contradiction, trahit un contenu positif ou négatif dans la pensée du rêve 2. » Les interprétateurs de songes de l'antiquité semblent avoir fait le plus ample usage de l'hypothèse d'après laquelle, dans le rêve, une chose peut signifier son contraire.<br />
<br />


Cette possibilité est aussi, à l'occasion, admise par les modernes investigateurs de rêves, ceci dans la mesure où ils accordent en général au songe un sens et une interprétation 3. Je crois ne pas non plus éveiller la contradiction en supposant que tous ceux qui m'ont suivi dans la voie d'une interprétation scientifique des rêves ont dû reconnaître que l'assertion précitée se trouve confirmée par les faits.<br />
<br />


J'ai été amené à comprendre cette singulière tendance que possède l'élaboration du rêve à faire abstraction de la négation et à exprimer par une même représentation des choses contraires, en lisant par hasard un ouvrage de K. Abel 4. L'intérêt du sujet me justifiera à citer ici textuellement les passages décisifs du traité d'Abel (tout en éliminant la plupart des exemples). Nous y apprenons, en effet, cette chose surpre- nante : la manière de procéder précitée, dont est coutumière l'élaboration du rêve, est également propre aux plus anciennes langues connues.<br />
<br />


Abel, après avoir fait ressortir l'antiquité de la langue égyptienne, qui avait dû se constituer longtemps avant l'époque des premières inscriptions hiéroglyphiques, poursuit :<br />
<br />


« Donc, dans la langue égyptienne, cette relique unique d'un monde primitif, se trouve un certain nombre de mots ayant deux sens dont l'un est exactement le con- traire de l'autre. Qu'on se figure, s'il est possible de se la figurer, une absurdité aussi flagrante que celle-ci : le mot fort signifiant aussi bien fort que faible ; le mot lumière servant aussi bien à désigner la lumière que l'obscurité ; un bourgeois de Munich appelant bière la bière, tandis qu'un autre emploierait le même terme pour parler de l'eau et on a l'extraordinaire usage auquel les anciens Égyptiens habituellement s'adonnaient dans leur langue. Comment en vouloir à qui, entendant cela, hoche la tête avec incrédulité?... » (p. 4.) (Suivent des exemples.)<br />
<br />


« En présence de ce cas et de beaucoup d'autres cas semblables d'acception anti thétique (voir l'Appendice), on ne saurait douter que, dans une langue du moins, il ait existé nombre de mots désignant à la fois une chose et son contraire. Quelque surprenant que cela soit, nous nous trouvons là devant un fait avec lequel il faut compter. » (p. 7.)<br />
<br />


L'auteur rejette alors l'explication de cet état de choses par une consonance fortuite et il se défend avec une énergie égale de l'idée que celui-ci soit dû à l'infériorité du développement intellectuel égyptien.<br />
<br />


« Or, l'Égypte n'était rien moins que la patrie de ]absurde. Elle était au contraire l'un des plus anciens habitats de la raison humaine en voie de se développer... Elle possédait une morale pure et pleine de noblesse et avait formulé la plus grande partie des dix commandements à une époque où les peuples, dont la civilisation est aujourd'hui l'apanage, faisaient encore des sacrifices humains à leurs idoles san guinaires. Un peuple qui avait allumé le flambeau de la justice et de la civilisation en des temps aussi obscurs ne peut pourtant pas avoir été absolument stupide dans sa manière de parler et de penser quotidienne... Ces hommes qui savaient fabriquer le verre, et qui pouvaient avec des machines soulever et mouvoir des blocs énormes, devaient avoir du moins assez de raison pour ne pas considérer une chose comme étant elle-même et en même temps son contraire. Comment concilier ces faits avec cet autre que les Égyptiens se soient permis une langue aussi étrange et contra dictoire... qu'ils aient eu la coutume de donner aux pensées les plus contraires une seule et même consonance verbale et de relier en une sorte d'union indissoluble ce qui de part et d'autre était le plus fortement opposé? » (p 9.)<br />
<br />


Avant d'essayer d'aucune explication, il faut encore tenir compte d'un renfor cement de cet inconcevable procédé de la langue égyptienne. « De toutes les excen tricités du lexique égyptien, la plus extraordinaire est peut-être celle-ci : outre les mots qui unissent en eux les sens les plus opposés, il possède encore des mots composites, dans lesquels deux vocables de sens contraires forment un composé ne possédant que l'un des sens des deux éléments le constituant. Ainsi, dans cette langue extraordinaire, il n'y a pas seulement des mots voulant dire aussi bien fort que faible, ou ordonner qu'obéir, mais encore des mots composites tels que vieux-jeune, loin près, lier-séparer, dehors-dedans... lesquels, malgré un assemblage de mots compre- nant les sens les plus dissemblables, ne veulent dire, le premier que jeune, le second que près, le troisième que lier, le quatrième que dedans... C'est donc vraiment inten- tionnellement qu'ont été réunies dans ces mots des contradictions quant aux concepts, non pas afin de créer, comme cela arrive parfois en chinois, un nouveau concept, mais simplement afin d'exprimer, par ce mot composite, le sens d'un seul de ses membres contrastés, sens que ce nombre isolé eût à lui seul suffi à fournir... »<br />
<br />


Toutefois, ce problème est plus facile à résoudre qu'il ne semble. Nos concepts prennent naissance par une comparaison. « S'il faisait toujours clair, nous n'aurions à faire aucune comparaison entre clair et obscur, et nous ne posséderions ni le concept ni le mot de clarté... » - « Il est évident que sur cette planète tout est relatif et n'a d'existence indépendante qu'en tant que ses relations aux autres choses permettent de l'en rapprocher ou de l'en distinguer... » - « Tout concept se trouvant devoir être le frère jumeau de son contraire, comment aurait-il pu être une première fois pensé, comment aurait-il pu être communiqué à d'autres qui essayaient de le penser, sinon en le mesurant à son contraire? » « Comme on ne pouvait concevoir le concept de force en dehors du contraste avec la faiblesse, le mot qui exprimait fort acquit un ressou venir simultané de faible, concept grâce auquel il avait au début reçu l'existence. En réalité, ce mot ne désignait vraiment ni fort, ni faible, mais seulement le rapport entre les deux et la différence qui les avait créés tous deux. » (p. 15.) - « Or, l'homme n'a pu acquérir ses notions les plus anciennes et les plus élémentaires que par l'opposition d'un contraire à son contraire et ce n'est que peu à peu qu'il a appris à séparer les deux termes de l'antithèse et à penser à chacun des deux sans le mesurer consciemment à l'autre. »<br />
<br />


On peut se demander, la parole ne servant pas seulement à formuler la pensée individuelle, mais essentiellement à la communiquer à autrui, de quelle manière l' « Égyptien primitif » s'y prenait pour faire connaître à son semblable « quelle partie de ce concept mixte il envisageait chaque fois » ? Dans l'écriture, cela était réalisé à l'aide de ce qu'on appelle les images « déterminatives », lesquelles, apposées derrière les caractères écrits, en indiquaient le sens, sans être, elles-mêmes, destinées à être prononcées. « Quand le mot égyptien ken veut dire fort, derrière le son exprimé par les caractères écrits se trouve l'image d'un homme debout armé; quand ce même moi doit vouloir dire faible, c'est l'image d'un homme accroupi, las, qui suit les caractères représentant le son. La plupart des autres mots à double entente sont, de façon analogue, accompagnés d'images explicatives. » (page 18.) D'après Abel, dans le langage parlé, le geste accompagnant le mot parlé lui donnait le signe voulu.<br />
<br />


Ce sont, d'après Abel, les racines les plus primitives dans lesquelles on observe le phénomène de double sens antithétique. Au cours de l'évolution ultérieure de la langue, ce double sens disparaît et, du moins dans l'égyptien antique, on peut suivre toutes les transitions existant entre le double sens antithétique archaïque et la signification unique qu'ont les mots de nos langues modernes. Les mots originaire ment à double sens se séparent dans la langue ultérieure en deux mots à signification unique, les deux acceptions opposées éprouvent, chacune pour soi, une réduction (modification) phonétique de la même racine. Ainsi, par exemple, déjà dans le style hiéroglyphique, ken (fort, faible) s'est séparé en ken (fort) et en kan (faible). « En d'autres termes, les notions qui n'avaient pu être trouvées que par antithèse devien nent avec le temps assez familières à l'esprit humain pour permettre à chacune des deux parties une existence indépendante et pour procurer en même temps à chacune un énoncé distinct. »<br />
<br />


D'après Abel, la démonstration, facile à faire pour la langue égyptienne, de sens primitifs contradictoires, peut aussi s'étendre aux langues sémitiques et indo-euro péennes. « Reste à savoir jusqu'où cela peut se produire dans d'autres familles linguistiques encore ; car, bien que primitivement le sens opposé ait dû s'imposer dans toutes les races aux hommes qui pensèrent, il n'est pas nécessaire qu'il ait été partout reconnaissable, ou bien qu'il se soit partout maintenu. »<br />
<br />


Abel fait en outre remarquer que le philosophe Bain avait postulé, sur des bases purement théoriques et à titre de nécessité logique, ce double sens des mots, ceci, semble-t-il, sans même avoir eu connaissance des faits. Le passage en question (Logic, 1, 54) commence ainsi : The essential relativity of all knowledge, thought or cousciousness cannot but show itself in language. If everything that we can know is viewed as a transition from something else, every experience must have two sides; and either every name must have a double meaning, or else for every meaning there must be two names.<br />
<br />


Je relève aussi, dans Anhang von Beispielen des ägyptischen, indogermanischen und arabischen Gegensinnes, quelques cas susceptibles de nous frapper nous-mêmes qui ne sommes pas linguistes : en latin, altus veut dire haut et profond; sacer, saint et maudit ; ici les sens opposés subsistent pleinement sans modification de l'élocution elle-même. La transformation phonétique en vue de la séparation des contraires est illustrée par des exemples tels que : clamare, crier ; clam, silencieux, tranquille ; siccus, sec ; succus, suc. En allemand, le mot Boden désigne maintenant encore ce qu'il y a de plus haut comme ce qu'il y a de plus bas dans la maison. Au bös allemand (mauvais), répond un bass (bon) ; en vieux saxon bat (bon), s'oppose à l'anglais bad (mauvais) ; en anglais, to lock (fermer) s'oppose à l'allemand Lücke, Loch (vide, trou). En allemand, kleben (coller), en anglais, to cleave (fendre) ; en allemand, stumm (muet), Stimme (voix), etc. On trouverait ainsi un sens véritable à la dérivation dont on s'est tant moqué : lucus a non lucendo.<br />
<br />


Abel, dans son Origine du Langage (Ursprung der Sprache, p. 305), attire l'atten- tion sur d'autres vestiges encore des modes de la pensée primitive. L'Anglais dit encore aujourd'hui pour exprimer « sans » without, c'est-à-dire « avec-sans » ; de même le Prussien de l'Est emploie l'expression mitohne. With lui-même, qui répond au mot allemand mit (avec), a dû à l'origine vouloir dire aussi bien avec que sans, comme on peut le voir dans withdraw (s'en aller, se retirer) et dans wilthhold (rete- nir). Nous retrouvons cette même évolution dans l'allemand wider (contre) et wieder (ensemble avec).<br />
<br />


La langue égyptienne possède encore une autre particularité des plus étranges et qui est de nouveau à mettre en parallèle avec l'élaboration du rêve. « En égyptien, les mots peuvent -disons d'abord en apparence - subir un retournement, aussi bien de leur élocution que de leur sens. Supposons que le mot allemand gut (bon) soit égyptien, il pourrait, à côté de « bon », signifier aussi « mauvais » et, de même, que gut se prononcer tug. De ces renversements trop nombreux pour qu'on puisse les expliquer par le hasard, on peut encore citer bien des exemples empruntés aux langues aryennes et sémitiques. En se limitant pour commencer aux idiomes germaniques on a : Topf - pot, boat - tub, wait - täuwen, hurry - Ruhe, care - reck, Balken -Klobe, Club. Et si l'on en appelle aux autres langues indo-européennes, le nombre des cas augmente en proportion du nombre d'idiomes considérés, par exemple : capere - packen, ren - Niere, the leaf (Blatt) - folium (feuille), dum-a, [mot grec dans le texte] - sanscrit mêdh, mûdha, Mut, rauchen - hur-iti (en russe), kreischen - to shriek, etc.<br />
<br />


Abel cherche à expliquer le phénomène du renversement; du son des mots par un redoublement, une reduplication de la racine. Nous aurions peine ici à suivre le philologue. Nous nous rappellerons le plaisir avec lequel les enfants jouent au renversement du son des mots, la fréquence avec laquelle l'élaboration du rêve se sert du renversement du matériel représentatif à diverses fins. Ce ne sont plus, dans ce cas, des lettres mais des images dont l'ordre se trouve interverti. Nous serions donc plutôt disposés à rapporter le renversement des sons à un facteur agissant à une profondeur plus grande 5.<br />
<br />


La concordance entre les particularités de l'élaboration du rêve que nous avons relevées au début de cet article et celles de l'usage linguistique, découvertes par le philologue dans les langues les plus anciennes, nous apparaît comme une confir- mation de la conception que nous nous sommes faite de l'expression de la pensée dans le rêve, conception d'après laquelle cette expression aurait un caractère régressif, archaïque. L'idée s'impose alors à nous, psychiatres, que nous comprendrions mieux et traduirions plus aisément le langage, du rêve si nous étions plus instruits de l'évolution du langage 6.<br />


______________________________________________________<br />


1 Ce rapport sur la brochure de même titre de Kart Abel (1884) a paru d'abord dans Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, tome II (1910), puis dans la troisième série de la Sammlung kleiner Schriften zur Neurosenlhre.
<br />
<br />

2 La Science des rêves (trad. Meyerson, Paris, Alcan, 1926, 1). 285).
<br />
<br />

3 Voyez, par ex. G. H. von Schubert: Die Symbolik des Traumes, 4e édition, 1862, chap. II ; Die. Sprache des Traumes (Le Langage du rêve).
<br />
<br />

4 Parti en 1884 en brochure et incorporé l'année suivante dans les Sprachwissenchaftliche Abhanblungen (Essais philosophiques) de l'auteur.
<br />
<br />

5 Sur le phénomène de la métathèse, qui a peut-être des relations plus étroites encore que le sons opposé (antithèse), à l'élaboration du rêve, comparez encore W. Meyer-Rinteln, dans la Kölnische Zeitung du 7 mars 1909.<br />
<br />


6 Il est naturel de supposer que le sens originaire opposé des mots représente le mécanisme préformé. dont se sert, au bénéfice de maintes tendances, le lapsus qui consiste à dire le contraire de ce que l'on voulait.]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3075-les-doudous-objets-transitionnels-indispensables-ou-non">
  <title>Les doudous, objets transitionnels indispensables ou non ?</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3075-les-doudous-objets-transitionnels-indispensables-ou-non</link>
  <dc:date>2008-03-18T00:51:15+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Christelle Moreau</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>Lorsque l'on parle d'objet transitionnel, on ne peut qu'être obligé de penser à Winnicott qui pourtant l'appelait "le phénomène transitionnel".
Pourquoi phénomène ?
Par ce que plus qu'un objet, il constitue à lui seul un espace de construction momentané et illusoire, il est en réalité la " première possession non-moi ".

Lorsque cet objet investi par l'enfant est trimbalé trituré, dorloté, aimé, haïe, il est en quelques sortes le reflet de son évolution, le reflet de tout un espace de transition.</description>
  <content:encoded><![CDATA[Lorsque l'on parle d'objet transitionnel, on ne peut qu'être obligé de penser à Winnicott qui pourtant l'appelait "le phénomène transitionnel".
Pourquoi phénomène ?
Par ce que plus qu'un objet, il constitue à lui seul un espace de construction momentané et illusoire, il est en réalité la " première possession non-moi ".<br />

Lorsque cet objet investi par l'enfant est trimbalé trituré, dorloté, aimé, haïe, il est en quelques sortes le reflet de son évolution, le reflet de tout un espace de transition. En effet, et cela pour comprendre, il convient de lire le raisonnement de Winnicott lorsqu'il nous explique que l'objet transitionnel est le premier objet qui n'appartient pas au corps de l’enfant  (  le sein : objet fantasmatique et le pouce objet de satisfaction étant deux éléments appartenant forcement à l’enfant dans sa non dissociation). Lui, l'objet transitionnel, l'heureux élu, sera considéré comme étant ni à l'intérieur, ni à l'extérieur de l'enfant, mais à la fois les deux...<br /><br />

Alors à quoi sert il ?<br />
Objet de sevrage, il sert un peu avant, pendant et beaucoup après celui ci...<br /><br />

Il permet à l'enfant de transférer ses sentiments, c'est pourquoi, les mamans recousent souvent les lambeaux de ces affreux jojos malodorants tout décousus de partout aussi bien malmené avec rage, que choyé avec douceur.<br /><br />

Il permet à l'enfant d'effectuer à travers lui son premier véritable choix à long terme, aussi bien sur son aspect que sur son petit nom (  qui sera lui aussi choisi bien souvent en rapport avec ses écoutes et ressentis).<br /><br />

Les parents qui respecteront le doudou permettront à l'enfant de gérer la première "chose" importante de sa vie ne faisant pas partie de lui-même.
De plus, même si les parents ne voit qu'un bout de tissus tout sale, l'enfant, lui, ne le perçoit pas comme tel, il le voit en quelques sortes comme un bout de lui-même tout en ayant conscience que c'est un autre qui ne lui appartient pas.<br /><br />

Mais qu'advient il du doudou vénéré en grandissant ? <br />
Il perd tout simplement cette valeur symbolique pour être soit relégué au fond du coffre à jouer, soit encadré au mur comme étant "la chose" représentant la toute petite enfance.<br /><br />

Mais alors, est ce pour combler une carence ou est ce nécessaire juste pour grandir ?<br />
Je vais citer une phrase de Winnicott qui en dit long sur l'inévitable sevrage : " Autant la mère doit avoir pu illusionner son enfant sur sa capacité à créer le sein qui le satisfait, autant elle doit s’employer à le désillusionner, en ne s’adaptant qu’incomplètement aux besoins de l’enfant " …<br /><br />
Car qu'est ce qui fait transition dans l'objet ?<br />
L'objet transitionnel n'est en quelque sorte qu'une représentation symbolique de la transition du tout petit enfant étant en totale communion d'avec sa mère à la séparation de cette union pour devenir uniquement relationnel et non vital (mère nourricière), il est non seulement nécessaire pour grandir mais ne comble pas de carences, si ce n’est que de la satisfaction au désir de l’enfant, en revanche il constitue à lui- seul un bouclier à toute forme d’angoisses de séparation et de manque d’affection.<br /><br />

Alors que peut il se passer, si il n'y pas d'autre objet transitionnel que la mère, elle-même ?  Winnicott nous indique que pour qu’il y ait investissement d'objet transitionnel, il est primordial que l’enfant ait pu construire dans son "dedans" un objet interne et de surcroît, de bonne qualité.<br /><br />

Alors comment constituons nous nos objets internes bons ou mauvais ?<br />
Ils dépendent des caractères et du comportement de l’objet externe. Lorsqu'il y a carence d'une fonction essentielle alors un objet interne sera en correspondance et cela par voie de conséquences soit persécuteur ou mort, dans ce cas, les possibilités de l'enfant d'investir un objet de son choix reste moindres voire difficiles, voire impossibles.<br /><br />

Que peut on faire pour l’enfant dans ce cas ?<br />
Dans CE cas précis, il est vivement conseillé à la mère de consulter un analyste afin qu’elle puisse comprendre ce qui c’est joué pendant sa grossesse et pendant son allaitement.
Prenez soin des doudous, ils ont leur importance.]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3074-autodestruction-et-violence-intra-psychique-une-memoire-de-quel-evenement">
  <title>Autodestruction et violence intra-psychique : une mémoire de quel événement ?</title>
  <link>http://www.psychanalyse-en-ligne.org/index.php?3074-autodestruction-et-violence-intra-psychique-une-memoire-de-quel-evenement</link>
  <dc:date>2008-03-06T23:22:16+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Grenier Louise</dc:creator>
  <dc:subject>Mieux comprendre</dc:subject>
  <description>Ce texte constitue une réflexion après coup de mon livre Les violences de l'Autre. Faire parler les silences de son histoire. Mon hypothèse centrale est celle-ci : pour reconstruire un passé marqué par une violence traumatique, la médiation d'un autre est nécessaire, autre qui est à la fois objet d'identification et objet de désir. Il s'agit de rendre possible le rapport à soi et le rapport à l'autre comme objet de désir. La cure pourrait être ce lieu d'une écoute des signifiants forclos de son histoire et le commencement d'un récit de soi identifiant.</description>
  <content:encoded><![CDATA[Ce texte constitue une réflexion après coup de mon livre Les violences de l'Autre. Faire parler les silences de son histoire. Mon hypothèse centrale est celle-ci : pour reconstruire un passé marqué par une violence traumatique, la médiation d'un autre est nécessaire, autre qui est à la fois objet d'identification et objet de désir. Il s'agit de rendre possible le rapport à soi et le rapport à l'autre comme objet de désir. La cure pourrait être ce lieu d'une écoute des signifiants forclos de son histoire et le commencement d'un récit de soi identifiant. Par un bel après-midi de l'été, dans un quartier tranquille de la banlieue montréalaise, Virginie semble perdue dans ses pensées. En vérité, elle ne pense pas. Elle n'est que dans un état d'absence. Absence à soi, absence à l'autre. Assise dans le jardin, elle a l'air de fixer l'infini. Voilà que, sortant de sa torpeur, elle entre dans la maison vide, ouvre l'armoire à pharmacie et avale machinalement une centaine d'aspirines. Elle a vingt ans ce jour-là. Ne cède ni à une impulsion ni à la douleur, ni même à une envie d'en finir. Non, elle agit une violence venue de sa préhistoire. 
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Le passage à l'acte supplée à une carence dans la représentation de soi-même, défaillance identitaire qui rend le lien désirant à l'autre, à tout autre, voué à l'échec. Virginie s'autodétruit pour être en contact avec son corps, pour exister encore. Ensuite, vient la douleur physique, l'estomac qui brûle, l'enfer recommencé, les regrets. La jeune fille vient d'accomplir le premier d'une longue série de gestes suicidaires qui signent la répétition de la destruction dans le rapport à soi. Malgré cela, le corps ne veut pas disparaître. Ce corps détesté, désirable pourtant, demeure la seule trace visible de la mère perdue alors que l'auto-violence maintient le rapport à soi. Un rapport tordu, blessé, transgressif. 
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Après cet incident, Virginie aura deux attitudes contradictoires : le considérer comme insignifiant et le répéter de façon atténuée par une consommation régulière de drogues. Elle continuera de s'auto-agresser tout en se demandant ce qui la tient ainsi du côté de la mort. Suite à une rupture amoureuse, elle ira en analyse, ce qui lui permettra de nommer «les violences de l'Autre» et de «faire parler les silences de son histoire». Elle découvrira que la relation avec elle-même est un calque à peine déguisée de sa relation à une mère disparue, et que tout attachement lui est interdit. L'autre en elle-même comme hors d'elle ne peut que l'abandonner, la rejeter, la détruire. Ce n'est que délivrée de sa haine-propre, l'ayant située dans son lieu d'origine à savoir son identification imaginaire à la mère «réelle» traumatique, celle qui constitue le noyau  du surmoi archaïque, qu'il lui sera possible d'innover en matière de liens affectifs.

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Dans Les violences de l'Autre. Faire parler les silences de son histoire1, je me demande quel est le destin psychique d'une violence subie dans la préhistoire du sujet. Alors qu'aucune possibilité de mémorisation et de récit existe. J'associe la violence contre soi à la reproduction inconsciente d'une violence subie dans le rapport à l'Autre alors que le sujet est incapable de se défendre, ni par la pensée, ni par la parole, ni par la fuite. Il s'agit donc d'une expérience qui n'a jamais été nommée, ni reconnue, et qui entraîne une certaine confusion entre soi et l'autre quand ce n'est pas une enclave psychotique dans le moi. L'absence de tout témoin, de toute parole ajoute à l'horreur et la perpétue. Comme si la victime essayait constamment de laisser des traces de son histoire, ou du moins de se faire entendre. La violence mise en acte, comme celle de Virginie, est le signe – non le signifiant – d'une expérience de violence traumatique. À la différence de la violence intra-psychique qui découle de l'identification à un objet perdu, l'autodestruction est la mise en acte d'une violence traumatique, celle qui n'est pas intégrée dans l'histoire du sujet. Le problème étant de raconter un événement dont il ne reste que la trace d'une douleur immémoriale. 
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Comment se souvenir d'un événement survenu dans une période où vous ne disposiez pas de la parole et donc de la capacité de vous représenter ce qui vous est arrivé ? Et même si vous savez ce qui vous est arrivé –  grâce à des témoins ou à des souvenirs factuels – cela ne veut pas dire que vous pouvez vous souvenir de la personne à qui s'est arrivé, vous. Il appert qu'un récit factuel, informe mais ne raconte pas. Pour se libérer du poids de l'événement, encore faut-il que vous soyez présent émotionnellement dans votre récit et que vous puissiez l'adresser à un interlocuteur choisi.  
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L'archaïque est-il donc  le vrai sujet de mon livre, questionne une amie ?  Peut-être, mais pas au sens imaginaire de Mélanie Klein qui explore les fantasmes d'amour et de haine du nourrisson envers le sein maternel. L'archaïque dont il est question ici renvoie à un vécu d'impuissance de l'infans dans son rapport à un autre maternel perçu comme tout-puissant et voulant sa mort. Autre auquel le sujet s'identifie dans l'imaginaire pour former le surmoi primitif. En somme, ce surmoi, issu des expériences traumatiques de l'infans constitue la mémoire de l'événement. Certaines expériences de violences extrêmes – tortures, viol, privation de soins et atteintes narcissiques graves – peuvent replonger le sujet dans ces mêmes zones psychiques primitives. 
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Dans les cas de violence traumatique, le désir est rendu impossible. Le sujet occupé à survivre perçoit l'autre, le semblable comme une menace à son intégrité. Aussi, exclut-il l'autre comme objet d'amour quand il ne s'exclut pas lui-même du champ du désir. Le désir pour l'autre est défendu, l'objet d'amour est toujours inaccessible ou déjà perdu. Trop dangereux ! On le voit, c'est la  figure même de l'autre en tant qu'objet d'amour qui est blessée. Nous voilà bien au-delà d'une blessure narcissique, c'est une cassure dans l'image de l'autre qui est toujours brûlante d'actualité pour le sujet. L'autre du lien amoureux ne peut exister que dans l'absolu et/ou dans la violence. C'est l'Autre avec un A majuscule comme dans la violence traumatique. Il appartient au passé du sujet, mais un passé qui ne passe pas. C'est pourquoi, la médiation d'un autre réel ou imaginaire est essentielle pour rétablir le rapport à soi. Par l'intermédiaire d'un semblable, d'un personnage parfois, en qui il peut se reconnaître, le sujet trouve un repère identificatoire et un matériel symbolique – des mots, des récits et des affects – lui permettant de raconter à son tour sa propre histoire.

<h2>Se raconter pour exister</h2>

Il arrive que ni l'auto-narration, ni le témoignage, ni l'auto-fiction ne suffisent à réparer les blessures causées par des expériences de violence traumatique. Encore faut-il la présence d'un interlocuteur privilégié capable de vous écouter et surtout de repérer les signifiants nécessaires à la reconstruction de votre histoire. L'analyste peut être ce lieu d'une écoute des signifiants forclos de votre histoire. De quels signifiants s'agit-il ? Des mots et des affects qui racontent la manière dont vous avez vécu certains événements, des mots qui découvrent le désir sous les ruines du vécu, et qui permettent de vous représenter, de vous voir autrement que comme victime impuissante. Autrement dit, il s'agit de rendre possible :

<ul>
 <li>1.l'identification à soi comme personnage central d'un récit à la première personne du singulier ;</li>
 <li>2.l'expérience du désir sans qu'y soit immédiatement rattachée la destruction.</li>
</ul>

Trois voies sont donc ouvertes pour parvenir à ce but, toutes ayant en commun le concept d'identification : 

<ul>
 <li>1.Récit de soi où vous vous représentez comme un autre. L'identification à soi-même comme personnage central d'un récit peut s'avérer nécessaire dans l'après coup de l'événement violent et/ou traumatique, pour se reconstruire et retrouver la capacité d'aimer.</li>
 <li>2.Identification imaginaire à un personnage réel ou fictif via la littérature, le cinéma ou le théâtre entre autres choses. La médiation d'un autre – personnage ou narrateur – permet de nommer et de vous représenter une expérience autrement inconcevable. </li>
 <li>3.Psychothérapie ou psychanalyse où vous mettez en scène dans le transfert non seulement une situation traumatique mais les effets psychiques de cette situation sur votre capacité à désirer et à aimer.</li>
</ul> 

<h2>Quand se souvenir est impossible …</h2>

Question récurrente : comment suppléer aux déchirures de la mémoire ? Comment raconter une violence extrême – physique ou psychologie – vécue dans un temps qui précède la parole ? Et comment témoigner d'une violence qui vous a fait régresser dans des états du moi primitif ? Ce type de violence produit une détresse immense et parfois une véritable terreur. Vous voici plongé dans un monde sans mère et sans loi. C'est cela qui fait trauma. Dans une situation inhumaine, le sujet disparaît. L'Autre de la violence n'est pas un semblable, encore moins un prochain secourable, il incarne le pouvoir absolu. Du point de vue de la victime, il n'y a plus que lui, l'Autre, et elle est à sa merci. 
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Afin d'aider les sujets en mal d'un récit identifiant, j'ai tenté une articulation entre psychanalyse, littérature et témoignage. Là où l'analyste se heurte à l'indicible, au silence de ses analysants, l'écrivain ou le créateur ne cesse de produire un «texte» qui symbolise cette part du réel creusée par la violence de l'Autre et par l'effacement du sujet désirant. Autrement dit, le sujet écrivant ou créateur a ce pouvoir de cartographier pour vous ces régions inexplorées de la psyché. En ce sens, il vous offre les mots qui vous manquent pour «penser» la violence de l'Autre et vous en séparer. Qu'il soit question de la violence des pères ou de leur absence (Kafka, Gary), d'une passion destructrice (Marguerite Duras, Camille Claudel, Dora Maar), d'un avortement ou du suicide (Annie Ernaux, Virginia Woolf), d'une expérience concentrationnaire (Levi, Semprun, Amery), de la violence des mères et parfois de l'analyste, il s'agit de mette en mot et de symboliser ces heurts avec un réel resté jusque-là impensé.
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<br />


Dans mon livre Les violences de l'Autre, je fais écho aux récits tragiques de multiples personnages, réels et fictifs, qui illustrent les effets destructeurs de la violence quand elle n'est pas reconnue. Mes patients et analysants m'ont accompagnée dans cette dure et exaltante traversée du livre, j'ai raconté leurs tragédies intimes, leurs batailles pour survivre, leurs quêtes désespérées d'amour et leurs réalisations. Je les ai suivis à la trace, mettant mes pas dans les leurs, mes mots dans leurs silences. 
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J'ai montré que la violence de l'autre reste agissante dans la vie psychique à travers le surmoi. Indissociable de l'expérience de violence, qu'elle vienne de soi ou de l'environnement. L'abandon et/ou la désolation parfois s'éternisent. D'où la mélancolie, la dépression traumatique et des conduites autodestructrices. Face à la violence, l'absence ou l'inaction d'un proche secourable est vécue comme une injustice supplémentaire. L'identification à l'agresseur exprime le sursaut de vie d'un être qui n'a plus rien à perdre. La violence se déplace ainsi de l'extérieur vers l'intérieur du sujet, lequel adoptera une attitude autopunitive et autodestructrice. 
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Prendre la faute sur soi est caractéristique de certaines formes de dépression psychotique (mélancolique) ou traumatique chez des individus dont le surmoi est écrasant. Le surmoi est une instance moralisatrice, c'est la voix de la conscience coupable qui vous juge et vous condamne. Il existe deux types de surmoi :

<ul>
 <li>Le surmoi précoce </li>
 <li>Le surmoi œdipien</li>
</ul> 

<strong>Le surmoi précoce ou archaïque</strong><br />


Ce type de surmoi ne connaît que la loi du tout ou rien. Il résulte d'une identification non pas à une personne mais à des mots, à des silences et à des impressions enregistrés par le bébé dans son environnement primitif. Cela signifie que le désir de l'autre, de la mère en l'occurrence, est premier, et que ce désir peut être destructif. Le surmoi précède donc le moi et en constitue le noyau. C'est à travers ce surmoi primitif que se manifeste la pulsion de mort et la destructivité. En ce sens, pulsion de mort et pulsion du surmoi sont interchangeables.<br />
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<strong>Le surmoi œdipien</strong><br />

Ce type de surmoi représente la loi qui interdit l'inceste et le meurtre, c'est la voix du père symbolique à l'intérieur de soi. Plus que le représentant de la conscience et de la morale, le surmoi œdipien permet la transmission des valeurs culturelles et d'un certain idéal paternel. Il introduit la notion de limite à la jouissance de la mère et à la puissance du surmoi précoce. 
<br />
<br />

Dans les deux cas, le surmoi a un effet contraignant, contrainte qui prend appui sur la violence de l'environnement et/ou sur les valeurs transmises par le père castrateur. Le surmoi précoce est lié au regard de l'autre, à son omnipotence imaginaire, et qui jouit de votre souffrance. Le surmoi œdipien est lié à la parole et à la loi qui interdit l'inceste et le meurtre. C'est un discours qui vous évalue certes, mais est aussi dispensateur d'amour et de haine.


<h2>Guérir du mal de l'autre</h2>

Certaines personnes disposent déjà de la capacité de symboliser une expérience autrement inconcevable. D'autres sont incapables de rassembler les lambeaux de leur moi déchiré, soit parce qu'elles sont immobilisées à leur point de chute, soit parce que leur moi a sombré dans la catastrophe. Dans les deux cas de figure, une psychothérapie peut être nécessaire, soit pour amorcer le travail de guérison, soit pour le poursuivre. Apprendre à se raconter à une personne bien à l'écoute, et qui vous aide à être à l'écoute de vous-même comme sujet est le premier pas vers l'autre, le premier pas du désir retrouvé. 
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<br />

L'un des buts de la cure des victimes de violence, la sienne ou celle de l'autre, est de favoriser l'établissement ou le rétablissement d'un lien affectif significatif. Pour cela, le psychologue analyste consent à occuper temporairement la place du personnage central dans la vie du patient. Cela pour rétablir la fonction de l'autre en tant que lieu d'une écoute et interlocuteur qui reconnaît la valeur de toute expérience. 
<br />
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Les personnages de mon livre font preuve d'une force de vie exceptionnelle2 et d'une combativité admirable, parfois au détriment de leur affectivité. Ils angoissent devant le désir et cultivent le rejet quand ils ne nouent pas des passions dévastatrices. Certains sont à la recherche non seulement d'un amour absolu pour combler une solitude absolue, mais de leur propre moi englouti. Ils ont besoin d'être rejoints dans ces zones interdites de leur être.
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Le psychanalyste et l'historien s'entendent sur la nécessité d'explorer les contrées désertées par la pensée et la parole. Nécessité non pas biologique mais symbolique. Le symbolique étant ce qui nous humanise et nous relie aux autres. Il ne s'agit pas de raconter sa vie au premier venu, ni d'exhiber ses blessures à un public voyeur, mais de retrouver le chemin vers soi, or ce chemin passe parfois par un autre bien à l'écoute, psychologue ou psychanalyste, capable d'héberger temporairement les fantômes de votre mémoire.<br />
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NDLR :<br />

<a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/annuaire/psy-Grenier-Louise-" hreflang="fr">Louise Grenier</a> est psychologue et psychanalyste en pratique privée, chargée de cours au département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Membre de l'Ordre des psychologues du Québec, elle est fondatrice et responsable du Cercle d'animation psychanalytique (CAP) en plus d'être coordonnatrice du Groupe d'Études psychanalytiques interdisciplinaires (GEPI) de l'UQAM. Elle est en outre l'auteure de<a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/librairie/133-filles-sans-pere-l-attente-du-pere-dans-l-imaginaire-feminin.html" hreflang="fr"> Filles sans père</a> et de l'excellent <a href="http://www.psychanalyse-en-ligne.org/librairie/134-femme-d-un-seul-homme-les-separations-impossibles.html" hreflang="fr">Femme d'un seul homme</a> disponible dans notre librairie ainsi que de plusieurs ouvrages collectifs et articles psychanalytiques.]]></content:encoded>
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